C’est pas l’Amerique

Samedi 31 octobre En direction du Temple 66 Unpenji situé à 1000 mètres d’ altitude, en compagnie de l’américaine Mona D rencontrée avec Dimitri, il y a deux ans sur le henro. De retour sur le pèlerinage elle a souhaité venir à notre rencontre. C’est Mona qui a présenté Emily à Dimitri. Très peu de logements disponibles dans ce coin de montagne à proximité du Unpenji. Le minshuku le plus proche était plein. Avec son aide nous avons fait appel à un service de pick-up et avons séjourné dans un autre minshuku miteux. À notre arrivée sous la pluie, les sens éveillés par une journée de marche dans la splendeur de la nature, la crasse et la puanteur rivalisaient. Une odeur de poussière graisseuse accumulée et rance m’a pris à la gorge. Je n’avais qu’une hâte: sortir. Rien de disponible autour. J’ai essayé d’appeler sans réponse des logements pas trop éloignés. Je me suis dit que c’était l’étape inévitable dans un voyage, où l’on dort dans un endroit déplorable. Par contre le prix dépasse tout ce que nous avons payé jusqu’à maintenant. Difficile de juger la tenancière, cette vieille femme ne reçoit aucune aide de son mari de ses enfants et de ses petits-enfants qui logent à côté. L’agacement passé, j’ai essayé de comprendre et de discuter avec elle. Elle fait seule les repas et les chambres. Le ménage, depuis longtemps elle ne le fait plus. Le dos courbé en deux par l’arthrose et une vie de travail, elle ressemble à un point d’Interrogation. C’est aussi le devenir et l’avenir de ce minshuku qui est un point d’interrogation. Il faudrait le fermer mais où irons les pèlerins ? Les chambres sont à la limite de la saleté. La poussière des cendriers plein de mégots dans les couloirs. L’odeur, qui vous prend après une journée entière de marche, lorsque vous pénétrer dans la salle à manger est tenace. Je consulte les avis sur l’endroit. Cela dure depuis des années. Avidité, cupidité, négligence, vieillesse, un peu de tout cela mais tristesse aussi. Je discute un avec elle luiparle du ménage . Elle est seule à travailler, mais elle pourrait très bien embaucher quelqu’un une heure par jour pour l’aider à faire le ménage avec tout ce qu’elle gagne. Mona philosophe et avec une bonne dose de compassion bouddhiste dit que la solution serait de l’aider à faire le ménage. Peu importe, nous partons, il fait beau.  Je me suis levé tard, j’ai manqué le pick-up de 6h30 qui devait nous ramener sur le sentier. Nous sommes quitte pour 2 heures de marche supplémentaires. Mona marche devant un peu bougonne. Elle est préoccupée par les élections aux États-Unis. elle a quitté son pays suite à la réélection de Trump en 2024 et s’est installée à Bonn près de ses racines. Elle ne supporte pas sa politique, elle a vendu tout ce qu’elle avait, elle a mis en vente sa maison de Floride et elle espère pouvoir obtenir la nationalité allemande.  Sa mère est…

Continuer la lectureC’est pas l’Amerique

Une joueuse de handball pas comme les autres

Samedi 30 octobre  La pension OOnaru est tenue par Keiko Onaru, 86 ans. Elle prépare des repas délicieux.  Au téléphone lorsque j’ai réservé deux jours plus, tôt elle a beaucoup insisté  pour que nous n’annulions pas. Qu’il y aurait des pénalités. Je ne comprenais pas bien son insistance. Elle n’a que trois chambres. Elle prépare les repas a l’avance. En cas d’annulation c’est une perte sèche pour elle. Visiblement elle fait face à des annulations fréquentes de pèlerins étrangers.  Je l’interroge un peu. Quand elle était jeune elle n’a pas travaillé, elle s’amusait me dit elle. Elle faisait du handball un sport de garçon. À l’époque peu de femme pratiquaient ce sport, elle devait s’entraîner avec les garçons. Aujourd’hui elle travaille pour assurer son autonomie et sa subsistance. Son ryokan assure sa retraite. Son mari vit toujours. À 87 ans il l’aide à préparer les repas mais ne s’occupe pas du étonna. Ils cultivent encore un lopin de terre pour produire le riz pour le Minshuku. Elle est adorable et gentille. Elle a dû être très belle dans sa jeunesse. Elle regrette de ne pas parler l’anglais et de s’être amusée jeune.  Elle me confie en aparté qu’elle aimerait arrêter le travail et s’amuser un peu, partir voyager aux États Unis ou ailleurs. Elle a totalement rénové la maison il y a dix ans à l’âge de 76 ans. Quelle belle énergie. Elle touche une toute minuscule retraite et continue de travailler. Cela la maintient active et lui fait rencontrer du monde. Elle ne parle pas un mot d’anglais.  Flo a pris le train ce matin pour Osaka. Ces deux semaines ont passé tellement vite. La pluie est annoncée pour aujourd’hui . Yoshida San part le premier. Notre amie américaine Mona reste finalement un jour de plus et partira demain. Elle m’accompagne aujourd’hui au temple 65 Sankakuji. Sur le chemin, nous croisons un homme qui nettoie une peau d’animal fraîchement tué. Je discute avec lui c’est un chasseur il a abattu un cerf et prépare la peau pour l’exposer.  Nous trouvons aussi un mandarinier au bord du chemin, couvert de mandarines, comme un Osetai planté pour les pèlerins. Au pied de l’arbre des écorces de mandarine en exemple. Nous en prenons une chacun pour la route.  Plus loin sur le bord du chemin une halte pour les marcheurs avec une table  deux chaises et sur la table un aquarium avec des poissons rouges. Étonnante idée d’installer un aquarium à l’extérieur pour que les poissons profitent du paysage.  Au temple nous retrouvons Yoshida san peu moins de deux heures plus tard. Un temple magnifique et paisible. Un de mes préférés. Les bâtiments sont dispersés entre les érables qui commencent à rougir. Tout est de bois ici. Odeurs d’encens. Odeurs de cyprès. C’est préférable à la station d’épuration située 300 mètres en dessous du temple. J’étais surpris par l’odeur du sous bois après la pluie. Une odeur désagréable et nauséabonde. J’ai compris en voyant de loin les installations de traitement des eaux…

Continuer la lectureUne joueuse de handball pas comme les autres

Un fantôme sur le chemin du temple Yokomineji

Mardi 27 octobre Prêts pour le départ ; un peu plus tard que prévu. Notre sympathique voisin monsieur Yoshida est parti à 6h.  À 7h15 nos sac sont prêts. Le ciel est totalement bleu, dégagé. Le typhon a fait le ménage à sa façon et nous sommes contents. Les lumières matinales sur les kakis les agrumes et les toits sont absolument splendides. Je fais le tour du petit ryokan avec ses Jardin tirés à quatre épingles et  bien agréables.  La mère de la dentiste, qui tient le ryokan a plus de 90 ans, sa fille s’en occupe, on voit un déambulateur posé à côté d’une poussette pour enfants, cycle des générations.  Le taux d’humidité a baissé, il fait frais ce matin. La journée sera agréable. Nous allons marcher dans les sous-bois. Encore de la pluie. Nous marchons depuis une heure, sommes encore à 16 km du temple Yokomineji. Nous croisons des villages des exploitations agricoles, beaucoup de cultures sous serres dans la région. Devant une maison un vieux monsieur désherbe avec une pince à épiler. Nous suivons le sentier historique à l’aide des indications posées tout au long du trajet comme un jeu de piste. Des marques rouges symbolisent un pèlerin son bâton son sac et son chapeau. Dans chaque ville les plaques d’égouts sont différentes et dessinées avec goût. Ici des martins pêcheurs. Sur le chemin, l’alternance de maisons et de rizières les maisons abandonnées ou en décrépitude. Dans l’une d’elle, un véritable foutra. À l’intérieur, les boîtes de croquettes pour chat éparpillées sur le sol et assis sur une chaise, une grande tignasse grise baissée vers le sol. On aurait dit un fantôme. C’est Florence qui l’a découvert. Elle m’a dit d’aller le voir. Homme ou femme, on ne sait à peine, on ne voit pas son visage. Tout à l’heure, il était dans la cuisine quand Florence l’a vu là. Maintenant il feuillette une brochure publicitaire. Totalement immobile, on entend la radio au fond de la maison.  C’est une vision assez fantomatique, décharnée presque un mort-vivant. Je l’interpelle. Je lui dis bonjour, il ne répond pas et ne bouge pas la tête. Cela me glace le sang. Il a probablement perdu la raison, il vit seul dans cette maison dans cet amas quasiment de déchets cela fait peine à voir. Un peu plus loin, nous croisons un homme debout qui marche un peu hagard. Âgé, il se tient bien droit, les vêtements à peine propre. Il semble perdu sur sa route. La vieillesse doit être terrible pour beaucoup de Japonais vivant seuls.  Nous faisons une halte dans une de ces maisons aménagées pour accueillir bénévolement les pèlerins. Un piano dans une pièce. Flo s’installe et joue le sac encore sur le dos. Scene un peu hors du temps. Comme deux jours plus tôt elle peut jouer au piano. Nous passons devons un centre de stockage de distributeurs automatiques de coca cola. Des centaines de frigos alignés pres à être expédiés aux quatre coins de l’île. Puis des champs…

Continuer la lectureUn fantôme sur le chemin du temple Yokomineji

Une journée dix rencontres

Samedi 24 octobre  Nous quittons la Rider House et sa sympathique patronne. Ancienne commerciale, le contact lui manque. Sa mère est âgée, 90 ans. Elle a dû la placer dans une maison de retraite. On sent que cela lui pèse, comme pour s’en excuser elle a besoin d’en parler. Elle me raconte sa vie et tient cette petite pension pour motards et voyageurs pour le entretenir le contact et créer du lien. Le prix est très abordable.  Dans la maison d’hôte nous croisons et discutons  avec un couple de français vivant à Marseille, qui ont traversé toute l’Asie centrale à vélo, la Chine puis la Corée. Cela fait plus d’un an qu’ils roulent. Ils n’ont pas vraiment apprécié le onsen Dogo : c’était une attraction touristique, trop de monde et insuffisamment d’activités telles jacuzzi et sauna. Pas certain qu’ils aient encore bien cerné l’esprit japonais.  Nous traînons ce matin et partons tard.  Passons dans un magasin nous ravitailler pour la journée. Il faut se motiver. Les ampoules au pied font mal. Je cherche des pansements.   Traversée de villages de pécheurs : toute la vie est tournée vers la mer.  Une rue entière de maisons désaffectées.  Nous croisons une vieille dame dans sa boutique où rien n’a changé depuis au moins 50 ans. Tout un bric à brac d’objets de décoration, de souvenirs qui ont été en vogue à leur heure. La boutique ressemble plus à celle d’un antiquaire aujourd’hui. Elle n’a plus rien à vendre mis à part les mikans (mandarines) de son jardin. Elle continue de venir chaque jour, cela donne un sens à sa vie et une occupation. Elle a le sourire. Elle se rassure quand je vois que je parle japonais. Je lui en prends un petit sac pour 100 yen, elle insiste et nous les offre comme osetai.  Devant un ancien atelier désaffecté un local avec un bureau est aménagé pour les pèlerins. Ils peuvent s’assoit et écrire dans un cahier. Il se met à pleuvoir. Nous longeons la côte. Paysage peu glamour. Raffinerie et pétrochimie. Shikoku c’est aussi de l’industrie.  La journée avance nous avons pris du retard. Une dame circule en voiture, on voit son clignotant, elle se gare près de nous, baisse la vitre de sa portière et ouvre une boîte. Elle nous propose des biscuits comme Osetai et nous montre un album avec tous les Osamefuda que des pèlerins du monde entier lui ont donnés en remerciement. Elle nous demande où nous dormons et aussitôt sort une enveloppe de son sac et nous dessine sur le dos un plan d’accès, oubliant que nous disposons d’applications pour repérer notre chemin. Quelle amabilité.  Nous la remercions et continuons notre route sous la pluie à la nuit tombante. Arrêt à un passage à niveau. Sonnerie forte et éclairage rouge clignotant la nuit.  Des maisons abandonnées et vides.  Des rues entières, des maisons englouties par la végétation qu’on n’aperçoit presque plus.  La nuit est  tombée. il faut encore avancer et mieux gérer la distance. Nous…

Continuer la lectureUne journée dix rencontres

Chasseur d’insecte et renouvellement de l’habitat japonais

1 novembre suite J’ai rencontré un monsieur d’une quarantaine d’années avec son petit garçon armé d’une épuisette et d’une boîte spéciale : il chasse les insectes et soulève des pierres du jardin. Ke père m’explique que la route actuelle du pèlerinage ne correspond plus à l’ancienne route. Il y a 100 ans, elle passait à quelques mètres de là, au milieu de propriétés. Il me montre l’ancien chemin. Je lui demande si je peux passer, il me dit non que c’est encombré d’arbres et de tombes dispersées maintenant, il vaut mieux passer par la route. Je suis surpris qu’il ait eu envie de m’expliquer l’ancien itinéraire qui passe au milieu de propriété privé aujourd’hui. Sa maison borde le sentier du pèlerinage.  Le temple 67 est désormais tout proche, il est bientôt 11 heures. Cela fait plus de trois heures que je suis parti. Après une bonne pause chez mes amis Oonishi et Ugawa je poursuis en direction de la mer.  Je croise plusieurs haltes pour les pèlerins avec boisson en libre service, prise pour recharger son téléphone ou tout simplement une chaise pour s’assoir. Dans un abri de beaux moulages en plâtre avec grues japonaises et tigre accueillent le pèlerin Au temple Daikoji le 67. Lieu paisible avec un très beau jardin. Dans le hondo, temple principal, une cérémonie de commémoration familiale a lieu, visiblement suite à un deuil ou en souvenir d’un disparu. Devant le temple un rassemblement de paires de chaussures... À l’intérieur une vingtaine de personnes vêtues de noir sont assises tandis que le prêtre récite ses sutras et frappe ses instruments à rythme régulier.  Je distingue dans la pénombre plusieurs générations, il y a des personnes âgées, des adultes, des jeunes adultes et des enfants. Des  enfants s’essuient les yeux du revers de la main. Un adulte aussi, je suppose qu’ils pleurent un ou une proche. C’est aussi la vie des temples. Les pèlerins passent. Les habitants du lieu vivent et meurent. Nous sommes dimanche, beaucoup de pèlerins, le chapeau comique de bambou tressé à l’air tout neuf. Ils l’ont acheté spécialement pour l’occasion et sont de sortie le dimanche.  Ce sont des pèlerins occasionnels venus pour la journée. Certains en groupes organises.   Le groupe des pèlerins est parti, il ne reste que cette famille qui pleure un proche et le prêtre qui les aide à accepter ce deuil, à accepter la disparition d’un père d’une mère, d’un grand-père d’une grand-mère, moment douloureux, mais les mots permettent d’exprimer la douleur et de mettre un sens sur la disparition d’une personne, sur son passage sur terre, de donner un sens à la mort et surtout de donner le courage à ceux qui restent de continuer à vivre.  Le métal émet un son lugubre. Le moine frappe le bronze qui résonne encore. trois nouveaux pèlerins sont arrivés. L’activité reprends avec calligraphie, tampon sur les livres des pèlerins. L’assistant du moine a repris ses pinceaux de calligraphie, tandis que le moine vêtu d’or et de violet,  poursuit ses…

Continuer la lectureChasseur d’insecte et renouvellement de l’habitat japonais

Un train au sommet d’une montagne et un café au coin du feu

Dimanche 1 novembre Nuit dans un ancien wagon lit de la compagnie ferroviaire « Enronoeki »Monsieur Masaki est un étonnant personnage, passionné de chemins de fer, il a sauvegardé deux Wagon-lits de la compagnie nationale qu’il a fait transporter sur une remorque et dans un ferry jusqu’ici. Ce sont les deux derniers wagons-lits de cette époques existants. Tous les autres ont été envoyés à la ferraille. Il les a rénovés et aménagés pour accueillir les pèlerins ou des amateurs de trains. L’endroit est surprenant, c’est vraiment une très belle installation. Il n’est pas très vigilant sur le ménage, c’est un petit peu dommage pour des personnes sensibles sur ce sujet, cela peut être gênant, mais s’il fallait dormir sous la tente au milieu de la montagne on ne se préoccuperait pas d’un peu de poussière. Alors la nuit venue on ferme les yeux et on dehors. Après la journée de marche d’hier dans la forêt, j’étais bien content de dormir à l’abri, même sur une couchette, même s’il faisait frais, à peine une dizaine de degrés dans la chambre. Je me suis couvert de ma veste pour rester chaud sous la fine couverture. Le train de Masaki San Au petit matin il nous a fait la surprise de nous montrer le fonctionnement des annonces passagers dans le  wagon, le tableau d’affichage des destinations qui est un film qui se déroule mécaniquement ( on est loin du tout digital ) et puis l’ouverture des portes. Il nous propose de faire l’annonce au micro. Un Japonais qui est arrivé tard hier soir spécialement pour dormir dans le train a bien préparé son discours, on dirait un vrai conducteur de train japonais. Il énumère la destination, les correspondances, l’heure d’arrivée.  Je me livre à l’exercice en japonais, à peine réveillé, un peu plus laborieusement, mais m’en sors pas trop mal.  Un passionné de train vivant sa passion Je discute ensuite avec Masaki san, il me montre le site Instagram de cet étonnant hôtel. Il m’explique qu’il est aussi cultivateur, il réalise des clonages d’orchidées dans un des chambres du train aménagée avec une lumière rouge. Avec des espèces de flacons où flottent des embryons d’orchidées dans une gelée. Il a un petit côté savant perdu dans son monde, très réservé. Il parle très peu, il faut le soliciter pour qu’il s’exprime. Il nous fait visiter sa serre d’orchidées et m’explique que ces plantes sont mellifères et émettent des odeurs qui attirent les abeilles. C’est un passionné, un poète dans son style.  Au Japon, où tout est conformisme, on trouve des originaux d’une très grande originalité. Il faut une sacrée personnalité pour casser les codes. En dehors des sacs poubelle en attente d’être portés à la déchèterie, il a sûrement peu de moyens, le coût de la nuit est dérisoire. il vit avec un chien shiba inu  qui a l’air assez agressif et six chats dans la solitude des montagnes. Les hivers doivent être difficiles. Le Japonais à repris sa voiture. L’américaine Maria à repris sa…

Continuer la lectureUn train au sommet d’une montagne et un café au coin du feu

Croire à la providence ?

Mercredi 28 octobre  Nuit passée dans le Minshuku Ishizuki Ando tenu par Hisato San un agriculteur. Grande maison traditionnelle avec de nombreuses chambres. Juste au milieu de son exploitation. Minshuku ishizuki Ando Après les 12 heures de marche exténuante d’hier, bain, lessive, préparation de la journée du lendemain et au lit. La nuit est d’un calme absolu. Ce matin les températures ont nettement faibli. L’automne arrive. On sort la polaire. Nous croisons dans la cuisine un néo-zélandais qui part pour l’ascension vers le temple 60 que nous avons faite hier. Randonneur récidiviste il nous parle d’un chemin de randonnée qui m’intéresse : le chemin Lycien en Turquie. Au programme d’aujourd’hui les temples 61 à 64 puis trouver un logement pour les prochains jours et retrouver une amie américaine rencontrée lors de mon premier passage sur le Shikoku en 2024. Nous repassons devant la maison de celui que nous avons appelé hier le fantôme. Il a fait sa lessive et le linge sèche devant sa maison. Un voisin arrive en courant avec une enveloppe, un peu gêné il l’appelle et la lui remet. il n’est donc pas laissé seul. Les voisins prennent soin de lui. Comme hier je l’interpelle, il ne répond pas, il est dans son monde. Nous l’avons vu marcher dans la cour, je photographie ses chats qui se réchauffent sur son tracteur abandonné dans les rayons matinaux du soleil. Ce matin les éclaircies alternent avec périodes d’ombre. Le ciel est à demi dégagé et le Mont Ishizuki où nous étions hier à demi dans la brume. Au Japon, et à Shikoku en particulier, beaucoup de maisons sont abandonnées, les « akiya ». Le toit s’effondre, la végétation envahit tout et à l’intérieur tout reste en l’état, la cuisine avec son mobilier et sa vaisselle. Personne ne rentre ni te prend les affaires. Certains viennent y jeter des détritus. Les causes sont multiples : absence d’enfants, successions compliquées en indivision, difficulté se tu mentale à vider la maison parentale, perte de valeur des maisons anciennes mal isolées que personne ne souhaite reprendre. Effet du vieillissement et de la baisse de la population. Quand les propriétaires décèdent, leurs enfants ne veulent pas toujours récupérer la maison. Nous croisons un vieux monsieur Japonais à Velo, qui veut nous expliquer le chemin et me précise à plusieurs reprises l’itinéraire. J’ai du mal à me défaire de lui. Finalement nous nous saluons et nous partons. Cinq minutes plus tard nous voyons arriver une voiture et ce même monsieur sortir de sa voiture. Il nous propose de nous emmener au tempes 60 61. Nous avons déjà fait deux fois le chemin hier. Difficile de refuser d’éviter de marcher le long de la voie rapide. Il insiste. Nous venons de très loin il veut nous conduire au temple 61. Nous acceptons joyeusement ce conducteur inattendu. Encore l’effet de la providence. Hier nous avons dû revenir sur nos pas, presque jusque notre point de départ avec une journée de 33 kilomètres et quelques ampoules. Il s’appelle Kenji Kondo.…

Continuer la lectureCroire à la providence ?

Un typhon au temple Senyuji

Lundi 26 octobre  Le vent est fort, le typhon Champi après avoir causé de forts dégâts à Taïwan, longe les côtes du Japon. Il a perdu de sa puissance devient tempête tropicale mais entraîne fortes pluies et vents sur le sud du Japon.  Temple Senyuji à l’aube, passage imminent du typhon Les cloisons vitrées du temple Senyuji où nous avons passé la nuit tremblent.  À 5 h j’observe la pluie À 6h la cérémonie commence. La fumée d’encens s’élève lentement devant la silhouette du moine qui officie devant nous. Vêtu de jaune et de violet avec des socques blanches, il récite ses sutras d’une voix moyenne sous les ors du temple principal le hondo.  Une femme de l’assistance, nous sommes 5, se lève à sa demande et dépose des miettes de bois de santal sur la braise.  Sur la gauche de l’autel, un emplacement est dédié aux offrandes. On y trouve souvent de la nourriture. Ici on voit le grand portrait d’une femme. Depuis hier soir à notre arrivée je m interroge sur ce visage. Nous apprendrons plus tard qu’il s’agit de son épouse décédée.  Au fond une statue du bodhisattva Avalokiteśvara aux mille bras incarne la grande compassion, éclairée par deux grands cierges. À tour de rôle nous sommes invités à déposer un peu d’encens sur le charbon  incandescent.  Après ses rituels le moine nous demande d’où nous venons. Il a installé un globe terrestre à côté de lui. Deux japonaises de Nara une d’Osaka un couple d’Allemand m’accompagnent. Le moine parle longuement de la paix dans le monde qui est mise à mal par les dirigeants actuels, il cite Trump Poutine et Netanyahu, évoque le pèlerinage de Compostel qu’il a fait deux fois, invite les Japonais à le faire… les hommes sont les mêmes partout quelque soit la religions, il appelle à la paix… il y en a besoin. Étonnant personnage que ce moine de 77 ans, souriant, affable, accueillant bien sûr. Il est également agriculteur, sculpteur, maître de karaté. Il regrette de ne pas parler de langue étrangère. Nous parle de sa femme disparu, de ses enfants et petits enfants qui ont appris des langues, anglais et français. C’est sa femme qui a posé pour la sculpture de bronze dans l’escalier du temple. J’avais été surpris par ce nu dans un temple.  La grande salle du bâtiment où nous longeons avec son parquet de bois est aussi une salle de karaté.  D’ici là vue sur la ville d’Imabari est belle lorsque le ciel est dégagé. Ce matin la brume est épaisse sur les hauteurs, à 250 mètres au dessus de la mer. On ne voit rien. Après 7 jours continus de marche et 140 km nous apprécions cette pause forcée.  Flo a trouvé un piano dans la grande salle du shukubo ( hébergement du temple) et une partition des gymnopedies d’Erik Satie. Nous partirons en fin de matinée si le temps se calme un peu. Nous avons le logement du temple pour nous et l’autorisation de rester toute la…

Continuer la lectureUn typhon au temple Senyuji

Une église au milieu des temples/ craquer pour une pizza

Dimanche 25 octobre  Nous croisons nous croisons un père, la quarantaine et son fils d’une dizaine d’année. Ils promènent leurs deux petits chiens, qui viennent renifler nos mains et se laissent caresser. Je demande au père si c’est une journée de repos pour lui, il me dit que non, il travaille, il a un atelier de peinture de voitures. Il promène les chiens avant d’aller travailler et son fils part jouer au basket. Il me demande si nous sommes pèlerins, il nous salue. Cela se console peut être un peu. La fatigue se lit sur son visage malgré sa jeunesse.  Aujourd’hui anniversaire de Matthieu, notre fils aîné a 30 ans. il y a 30 ans, c’était aussi la pleine lune, il donnerait des petits coups de pieds dans le ventre de sa mère, il était pressé de venir au monde. Quelques jours plus tôt nous étions aller écouter un opéra …  Pour éviter d’arriver de nuit après une longue journée de marche comme hier nous sommes partis à 7h30 ce matin. Levé à 6h petit déjeuner et départ. Les sacs sont assez vite faits. Faute de mieux nous avons dormi dans ce que les Japonais appellent un business Hotel. j’avais une certaine réticence à l’idée, mais c’est un endroit absolument accueillant, construit dans les années 80, un peu vieillot,  pas super propre, mais tenu par deux dames absolument adorables, une mère et sa fille d’une gentillesse inouïe. à peine arrivés de nuit avec nos lampes frontales elles sont venues à notre rencontre. Elles s’inquiétaient de notre venue tardive dans la nuit.  Elles ont ensuite réservé pour nous une nuit dans le temple 58 elles se sont occupés de nous avec beaucoup d’attention alors qu’elles étaient en train de servir le repas.  Elles ont également appelé la propriétaire de l’auberge où nous avons dormi la veille pour la rassurer. J’avais oublié 16 000 ¥ en espèces dans la chambre. Cette dernière la fait l’aller retour en voiture pour les apporter au business hôtel. Au programme d’aujourd’hui 5 temples 20 km environ  Après le petit déjeuner copieux nous marchons d’un bon pas et enchaînons les kilomètres.  Traversons des villages de maisons anciennes en parties abandonnées  Une maison dès qu’elle a perdu ses occupants, cela se voit. Le premier signe est la présence de fleurs et d’herbes qui librement exultent dans l’espace laissé libre. Un foisonnement végétal envahit les cours et rapidement couvre les murs jusqu’au toit. Après deux heures de marche le long des rizières et des forêts ou à travers des villages nous arrivons dans la ville d’Imabari. Une boutique éphémère bradé des articles d’artisanat décoratif. Tout est magnifique. Nous aurions bien acheté des paravents et toute sortes d’objets à offrir mais ils ne sont pas en mesure de nous les expédier. Nous achetons 4 poissons que l’ont fait flotter dans le vent pour remplacer les nôtres déchirés par le mistral… Un pour chaque enfant.  Flo après une semaine de nourriture japonaise se laisse tenter par une pizza. Arrêt dans une…

Continuer la lectureUne église au milieu des temples/ craquer pour une pizza

Un Yakult sinon rien

23 octobre 2026 Journée à Matsuyama. Ce matin levés à 6h, direction la source thermale de Dogo avec Flo. Nous prenons un bain matinal. Nous ne sommes pas les premiers :  à 6h30 les Japonais du quartier sont déjà au bain avant leur journée de travail. Vers sept heures, c’est un peu plus calme. Aucun étranger, seulement des habitués. Le soir le onsen est littéralement envahi de touristes qui repartent souvent déçus nous ont ils dits. Des touristes japonais filment à l’unisson l’horloge animée pres de la gare de bon matin. Fascination Pour honorer le temple 51 Ishiteji manqué hier soir, nous revenons sur nos pas. Rituel matinal. je filme l’employée du temple dans son exercice de calligraphie. Calligraphie du temple Nous traversons la ville à pied pour retourner dans le restaurant de sushi du premier soir. Cultures au milieu de la ville, héron cendré dans les rizières, jardins de ville derrière des claustras, nombreux temples aux magnifiques statues de chevaux, taxis d’époque, sanctuaire étonnant trouvé par hasard où sont conservés des ossements … Repas de sashimi. La proximité de la mer a du bon. Nous sommes tombé sur un maître. Je ne suis pas encore près pour l’ascétisme complet du pèlerin. Puis second temple de la journée le 52 Taisanji Lecture des sutras par un moine Ce que je retiens de ce cheminement après ces premiers jours ? Qu’il faut donner et s’intéresser aux autres. S’occuper des autres et pas de soi. Ne pas vivre de manière égocentrée mais partager.  Dans la rue, nous achetons un Yakult à une marchande ambulante. Réseau de distribution étonnant pour une aussi grande marque :  avec sa Mobylette la représentante mobile approvisionne les particuliers du secteur  Arrivée au temple 52 Taisanji reconstruit à l’époque Kamakura. L’architecture est assez austère et militaire. On ressent immédiatement la volonté d’imposer l’autorité et le pouvoir. Je ne suis pas fan.   Puis temple 53 Tout nous rappelle que ces lieux appartiennent à la nature  Les chants stridents des oiseaux Les arbres centenaires  Les hommes ne font que passer  Plus loin, nous croisons une autre marchande de Yakult avec une voiturette et en arrivant à Mitsu le village où nous avons dormi la première nuit, j’aperçois une camionnette Yakult qui livre le secteur. Quelle force de distribution! Pas un client n’est oublié pour un si petit produit.  Marche Le soir nous dînons dans une délicieuse Izakaya en bord de mer et logeons dans une chambre D’hôtedont la patronne est très accueillante

Continuer la lectureUn Yakult sinon rien