Temple des empereurs et Saint Jean l’apôtre

Mardi 21 avril Ephèse

Après la visite du site d’Ephèse hier, un passage au musée archéologique s’impose.

L’évolution technologique des dernières années a totalement transformé l’expérience muséographique. Dans ce musée c’est un réel progrès. Cela permet de visualiser les villes à l’époque antique et de s’en faire représentation en trois dimensions. le film réalisé avec des archéologues et des scientifiques est très précis. Il permet de se projeter et d’imaginer la ville telle qu’elle était il y a 2000 ans. Vraiment impressionnant. Les travaux ont été faits avec des équipes autrichiennes et allemandes très présentes dans les fouilles archéologiques en Turquie.

Aphrodite 1 siècle BC
Socrate 4 siècle BC

Le musée propose de riches  collections : un bust de Socrate, sans doute imaginaire, Hadrien à plusieurs reprises,  un buste démesuré de Domitien qui fut plus tard frappé par la sanction l’effacement de la mémoire damnatio memoriae   J’en reparle plus loin. bustes d’empereur d’impératrice comme Livie, Auguste, Marc-Aurèle.

Lysimaque général d’Alexandre roi de Thrace

Et ces lieux de mémoire étaient aussi des lieux de pèlerinage religieux qui ont attiré de nombreux visiteurs vers Ephese, visiteurs illustres comme Cléopâtre et Marc-Antoine, mais aussi la sœur de Cléopâtre, rivale de la reine aurait été assassinée à la demande de Marc-Antoine. 

C’est un des plus beaux musées d’archéologie que j’ai visité. Les visiteurs étaient finalement assez peu nombreux et moins nombreux que les gardiens qui nous suivaient de salle en salle.  comparé aux flots déversés par bus entiers hier sur le site d’Ephèse. Les tours operators,  les croisiéristes n’ont pas le temps de montrer ce musée à leurs clients.  L’industrie lourde du tourisme ne peut se disperser dans les détails et péripéties de l’histoire. 

 

Aphrodite 2 siècle AD
Bas relief en ivoire campagne de Trajan contre les Thraces
Finesse des détails saisis dans l’ivoire

Dans une salle secondaire une collection exceptionnelle de monnaie antique me retient plus d’une heure. À l’âge de 10 ans chez un antiquaire j’étais tombé sur le classeur de numismate. C’était la collection de sa fille dédiée à la monnaie française. J’ai été fasciné par l’histoire et la mémoire colportée par ses ronds de métal oxydés. Il me l’avait vendue pour 100 francs étonné de l’intérêt d’un enfant. Mon père m’avait offert la collection aussi amusé sans doute que l’antiquaire. 

Ici à Ephèse : l’origine de la monnaie ou presque. La monnaie a été créé par le fameux crésus roi de Lydie au 6 siècle avant JC. Il est considéré comme le premier à avoir conçu une monnaie d’échange à partir du métal. Cela fut sa fortune. Les premières pièces d’argent étaient petites presque des billes. 

Les pièces anciennes sont classées par siècles puis par règne des empereurs romains depuis Auguste jusqu’au dernier des byzantins et des pièces musulmanes. Une collection impressionnante qui ferait rêver bien des numismates. 

La vie et la gloire de grands empereurs résumées en deux ou trois pièces d’argent ou de bronze à leur effigie.

Nous sommes bien peu de chose à l’échelle de l’histoire, les plus humbles comme les plus grands. D’un empereur on ne garde qu’une pièce. Et pas le moindre. 

La pièce la plus étonnante est celle unique de Néron. À peine distingue t’on les traits d’un visage. Un profil déformé dans le bronze, comme une incarnation de la folie meurtrière du fils d’Agrippine. Celle qui se targuait d’être petite fille, fille, sœur et mère d’empereur. Néron consumé par sa folie meurtrière depuis l’assassinat à 17 ans par empoisonnement de Britannicus. 

Le point d’orgue du musée est la rencontre avec l’ Artemis d’Ephese. Je reste comme sidéré par ce face à face avec la divinité. 

L’Artemis d’Ephèse est le fruit du syncrétisme de deux cultes. Celui d’Artemis et celui de Cybele. 

Représentation ancienne de la déesse mère

Une note du musée indique qu’une figuration de la déesse mère a été retrouvée jusqu’en 7000 av. J.-C. Elle se nomme Kubaba chez les Hittites, Kybele chez les Phrygiens, Cybele chez les Romains.

Deux sculptures de l’Artemis d’Ephèse sont exposées dans un musée. Une du premier siècle après JC. Elle mesure plus de trois mètres de hauteur. Elle porte des lions sur ses bras est couverte de fruits, de mamelles sur tout le devant de son corps, et d’animaux, chevaux, bœufs, griffons, abeilles. Au-dessus de sa tête, une coiffe imposante. Autour du coup un collier de coquillages…

Artemis d’Ephèse 1 AD

et une du second siècle. En marbre blanc, poli. Elle porte les douze signes du zodiac autour de son cou. Des bracelets à tête de lion et sur sa tunique des lins des béliers des griffons des chevaux. Des anges et des abeilles sur le côté de sa tunique.

Artemis d’Ephèse 2 siècle AD

Elles sont relativement récentes et exercent une telle fascination. Il se dégage de l’une une force de beauté fascinante. Et de l’autre une beauté et une autorité aussi fascinante. Elle me fait penser à certaines représentations de divinités rencontrées en Inde et également de certains bodhisattva dans des temples boudhistes d’Asie.

Dans l’antiquite on ne pouvait certainement pas l’approcher autant. Elle était certainement protégée par des prêtres

Artemis d’Ephese dans son sanctuaire. Maquette
Le temple d’Artemis d’Ephese

Ces représentations des divinités et les artistes voyageaient comme en témoignent les grottes de 1000 bouddhas à Turfan dans le Turkestan chinois avec des peintures rupestres qui s’échelonnent sur des siècles. 

Quelques autres visages célèbres

Octave devenu l’Empereur Auguste
Livia épouse d’Auguste
Carte de l’Anatolie antique détail de la Phrygia

Au musée, j’ai acheté quelques cartes postales, je cherche le bureau de poste, pour acheter des timbres, cela me prend un certain temps. j’y passe. Bel exemple d’administration somnolente, je m’adresse à un guichet, on m’envoie vers un second guichet et là, après un temps sur son téléphone, le guichetier m’explique avec son traducteur qu’il n’a pas de timbres et qu’il faudra passer mes cartes postales sur la machine à tamponner. Pas de soucis je repasserai demain. 

je lui demande où je dois laisser un espace de libre sur la carte pour  le tampon. Il me dit que non il la passera comme ça 

Bon nous verrons bien. 

Jadis, on était accompagné d’un interprète pour la traduction. Maintenant on est accompagné de son téléphone, traducteur instantané. Les turcs en font un usage constant avec les étrangers. C’est en train de devenir un élément du quotidien, du touriste et du voyageur.

Nous nous reposons à l’hôtel après nous être restaurés dans le même petit restaurant familial depuis notre arrivée à Selçuk. Nous connaissons toute la famille, de la grand mère büyükanne jusqu’à la petite fille de 7 mois. La famille vit avec ses clients. Le restaurant a ouvert en 1986. C’est déjà la seconde génération. 

Visite de l’église de l’apôtre Saint Jean  construire par Justinien,  l’ l’empereur byzantin qui a fait construire Sainte-Sophie de Constantinople. Une référence. L’église a été construite au-dessus du supposé tombeau de l’apôtre Saint-Jean. Sainte Sophie a eu plus de chance que la basilique Saint Jean. La région d’Izmir est réputée pour ses secousses telluriques nombreuses et dévastatrices. 

Un peu d’histoire : je plagie une notice inscrite près du tombeau de Saint Jean. D’après les sources du concile d’Éphèse de 431 ap. J.-C. saint Jean serait arrivé à Éphèse avec la Vierge Marie entre 37 et 48 ap. J.-C., où ils ont passé le reste de leur vie. Au moment de sa crucifixion,  Jésus aurait confié sa mère à saint Jean, son proche disciple. Saint Jean commença à prêcher l’Évangile après 67 ap. J.-C.maintes fois menacé de mort par l’empereur Domitien, Il fut sauvé à deux reprises et fut ensuite exilé sur l’île de Patmos, où il écrivit l’Évangile. 

Basilique Saint Jean tombe de l’apôtre Jean

Il retourna à Éphèse en 95 ap. J.-C et y passa les dernières années de sa vie. À sa mort, vers l’âge de 100 ans, il y fut enterré. Avec l’essor progressif du christianisme un tombeau monumental fut érigé au dessus de sa tombe puis une basilique de bois puis la basilique Saint Jean.