Samedi 24 octobre


Nous quittons la Rider House et sa sympathique patronne. Ancienne commerciale, le contact lui manque. Sa mère est âgée, 90 ans. Elle a dû la placer dans une maison de retraite. On sent que cela lui pèse, comme pour s’en excuser elle a besoin d’en parler. Elle me raconte sa vie et tient cette petite pension pour motards et voyageurs pour le entretenir le contact et créer du lien. Le prix est très abordable.
Dans la maison d’hôte nous croisons et discutons avec un couple de français vivant à Marseille, qui ont traversé toute l’Asie centrale à vélo, la Chine puis la Corée. Cela fait plus d’un an qu’ils roulent. Ils n’ont pas vraiment apprécié le onsen Dogo : c’était une attraction touristique, trop de monde et insuffisamment d’activités telles jacuzzi et sauna. Pas certain qu’ils aient encore bien cerné l’esprit japonais.
Nous traînons ce matin et partons tard.
Passons dans un magasin nous ravitailler pour la journée. Il faut se motiver. Les ampoules au pied font mal. Je cherche des pansements.
Traversée de villages de pécheurs : toute la vie est tournée vers la mer.












Une rue entière de maisons désaffectées.
Nous croisons une vieille dame dans sa boutique où rien n’a changé depuis au moins 50 ans. Tout un bric à brac d’objets de décoration, de souvenirs qui ont été en vogue à leur heure. La boutique ressemble plus à celle d’un antiquaire aujourd’hui. Elle n’a plus rien à vendre mis à part les mikans (mandarines) de son jardin. Elle continue de venir chaque jour, cela donne un sens à sa vie et une occupation. Elle a le sourire. Elle se rassure quand je vois que je parle japonais. Je lui en prends un petit sac pour 100 yen, elle insiste et nous les offre comme osetai.
Devant un ancien atelier désaffecté un local avec un bureau est aménagé pour les pèlerins. Ils peuvent s’assoit et écrire dans un cahier.
Il se met à pleuvoir. Nous longeons la côte. Paysage peu glamour. Raffinerie et pétrochimie. Shikoku c’est aussi de l’industrie.






La journée avance nous avons pris du retard. Une dame circule en voiture, on voit son clignotant, elle se gare près de nous, baisse la vitre de sa portière et ouvre une boîte. Elle nous propose des biscuits comme Osetai et nous montre un album avec tous les Osamefuda que des pèlerins du monde entier lui ont donnés en remerciement. Elle nous demande où nous dormons et aussitôt sort une enveloppe de son sac et nous dessine sur le dos un plan d’accès, oubliant que nous disposons d’applications pour repérer notre chemin. Quelle amabilité.
Nous la remercions et continuons notre route sous la pluie à la nuit tombante. Arrêt à un passage à niveau. Sonnerie forte et éclairage rouge clignotant la nuit.
Des maisons abandonnées et vides. Des rues entières, des maisons englouties par la végétation qu’on n’aperçoit presque plus.
La nuit est tombée. il faut encore avancer et mieux gérer la distance. Nous faisons trop de pauses, marchons lentement, les pieds font mal.
Nous allons encore terminer la journée avec la lampe frontale. Arrivée à 19h, à peine le temps de se poser. Un bon bain chaud qui nous délasse et un excellent repas qui donne le sourire. Demain lever à six heures. Enchaînement de tâches. A peine le temps de tenir le journal. Je prends du retard. Pas le temps si je ne veux pas d’oublier.
Pas le temps de lire, pas le temps de flâner. il faut s’armer de patience et de courage.
La propriétaire du ryokan est très accueillante. La maison est une maison traditionnelle, aménagée en ryokan depuis 70 ans, tenu par sa grand mère puis sa mère, puis elle. Elle nous offre une savoureuse infusion à base de yuzu puis un repas excellent.
Elle nous prend en photo et poste ses photos sur instagram. Elle se modernise. Nous dormons dans un dortoir récemment aménagé. Cela permet de loger 6 personnes. Nous ne sommes que nous deux mais avons du mal a dormir dans un caisson de bois. On étouffe un peu.
Au moment de partir elle nous explique qu’elle est dentiste et qu’elle s’occupe du ryokan en plus de son travail. L’activité est saisonnière, les pèlerins viennent surtout en automne et au printemps.
Malgré son diplôme et son cabinet de dentiste, elle poursuit l’activité du ryokan familial tenu depuis trois générations, en plus de son travail, dans une vieille maison traditionnelle en bois. Ce n’est clairement pas pour le revenu qu’elle le fait, c’est pour l’accueil et le maintien de la tradition pour les pèlerins.
Une autre personne est dans le ryokan. Monsieur Yoshida un retraité de 74 ans qui fait le pèlerinage. Il nous raconte sa vie. Il était architecte dans un bureau d’étude spécialité dans les bâtiments publics. Arrivé à l’âge de 54 ans, devant les difficultés économiques, son cabinet d’architecte a fermé. Il a poursuivi seul mais ne parvenait pas à tenir les délais des clients et a dû s’arrêter avant d’atteindre l’âge de la retraite. Sa femme touche une bonne retraite. Elle ne l’accompagne pas elle n’aime pas marcher. Il fait le henro seul. Il est venu il y a 20 ans et constate à regrets que ses capacités physiques diminuent.
