Mardi 27 octobre
Prêts pour le départ ; un peu plus tard que prévu. Notre sympathique voisin monsieur Yoshida est parti à 6h. À 7h15 nos sac sont prêts. Le ciel est totalement bleu, dégagé. Le typhon a fait le ménage à sa façon et nous sommes contents. Les lumières matinales sur les kakis les agrumes et les toits sont absolument splendides. Je fais le tour du petit ryokan avec ses Jardin tirés à quatre épingles et bien agréables.
La mère de la dentiste, qui tient le ryokan a plus de 90 ans, sa fille s’en occupe, on voit un déambulateur posé à côté d’une poussette pour enfants, cycle des générations.




Le taux d’humidité a baissé, il fait frais ce matin. La journée sera agréable. Nous allons marcher dans les sous-bois. Encore de la pluie.
Nous marchons depuis une heure, sommes encore à 16 km du temple Yokomineji. Nous croisons des villages des exploitations agricoles, beaucoup de cultures sous serres dans la région. Devant une maison un vieux monsieur désherbe avec une pince à épiler. Nous suivons le sentier historique à l’aide des indications posées tout au long du trajet comme un jeu de piste. Des marques rouges symbolisent un pèlerin son bâton son sac et son chapeau. Dans chaque ville les plaques d’égouts sont différentes et dessinées avec goût. Ici des martins pêcheurs.














Sur le chemin, l’alternance de maisons et de rizières les maisons abandonnées ou en décrépitude. Dans l’une d’elle, un véritable foutra. À l’intérieur, les boîtes de croquettes pour chat éparpillées sur le sol et assis sur une chaise, une grande tignasse grise baissée vers le sol. On aurait dit un fantôme. C’est Florence qui l’a découvert. Elle m’a dit d’aller le voir. Homme ou femme, on ne sait à peine, on ne voit pas son visage. Tout à l’heure, il était dans la cuisine quand Florence l’a vu là. Maintenant il feuillette une brochure publicitaire. Totalement immobile, on entend la radio au fond de la maison. C’est une vision assez fantomatique, décharnée presque un mort-vivant. Je l’interpelle. Je lui dis bonjour, il ne répond pas et ne bouge pas la tête. Cela me glace le sang. Il a probablement perdu la raison, il vit seul dans cette maison dans cet amas quasiment de déchets cela fait peine à voir. Un peu plus loin, nous croisons un homme debout qui marche un peu hagard. Âgé, il se tient bien droit, les vêtements à peine propre. Il semble perdu sur sa route. La vieillesse doit être terrible pour beaucoup de Japonais vivant seuls.
Nous faisons une halte dans une de ces maisons aménagées pour accueillir bénévolement les pèlerins. Un piano dans une pièce. Flo s’installe et joue le sac encore sur le dos. Scene un peu hors du temps. Comme deux jours plus tôt elle peut jouer au piano.
Nous passons devons un centre de stockage de distributeurs automatiques de coca cola. Des centaines de frigos alignés pres à être expédiés aux quatre coins de l’île. Puis des champs entiers de kaki à perte de vue.
Après 14 km de marche, nous attaquons l’ascension vers le temple, 800 m de dénivelé. Enfin la route s’arrête. Je n’en pouvais plus du bitume qui brûle les semelles. Nous commençons sur un sentier bien balisé avec des marches de pierre. Le typhon d’hier a fair grossir le torrent, ce n’est qu’une suite de cascades et de chants d’écume, la forêt palpite. Des petits crabes de rivière à éviter sur le sentier. Nous, croisons une mante religieuse, un jeune sanglier, un serpent. Je n’arrive pas bien à distinguer si c’est une couleuvre ou une vipère elle ondule sur la route pour aller se cacher dans les fouillis juste devant mes pieds. J’étais en train d’écouter des podcasts de japonais. Je ne l’ai même pas vu sous mes pieds…
Nous croisons très peu de voitures, des ouvriers nettoient le bord de la route où s’accumulent humus et feuilles à l’aide d’une mini pelle. Aucun pèlerin pied croisé pour l’instant. Sont tous devant nous sans doute. Nous avons marché à moins de 3 km heures. En cinq heures de temps nous avons parcouru à peine 13 km quasiment sans pause, si ce n’est pour aller déposer la partie la plus lourde de nos sacs au minshuku où nous dormirons ce soir.
La montée n’est pas si dure. Je préfère un sentier de montagne à ces routes goudronnées.
















Je continue de travailler mon Japonais en écoutant chaque jour des cours et des podcasts pour retrouver mon niveau perdu. J’en profite pour apprendre du vocabulaire dans des domaines que je ne connaissais pas. Aujourd’hui les traducteurs apportent une aide fabuleuse pour initier ou approfondir des conversations. J’apprécie de pouvoir dialoguer sur la plupart des sujets simples, et en cas de besoin de me faire aider par les machines. J’ignore pourquoi cette langue m’a toujours fasciné, mais dès que je suis au Japon, je me plonge avec une sorte de délectation dans l’étude de la langue, sans doute parce qu’elle combine un apprentissage phonétique et visuel et que la plupart des mots sont construits à partir d’idéogrammes par assemblages et combinaisons comme une sorte de tableau géante de Mendeleiev ou des dominos qui s’emboîtent. Je commence à reconnaître quelques kanji Je réserve cette partie de l’étude à la deuxième quinzaine de mon séjour pour me consacrer pour l’instant exclusivement aux révisions du vocabulaire japonais à l’oral. Si seulement j’avais trois mois devant moi.
La monté a été pénible. J’ai les traits tirés le ventre vide. Trempé de sueur. Nous sommes au temple Yokomineji 60 sous la pluie. Il fait froid. Je fais calligraphier mon livre et nous redescendons. Interminable retour.



Nous descendons à travers la forêt, encore 3 ou 4 km. Quel étonnant pays que ce Japon où l’on passe de la forêt à la ville, de la ville au bord de mer, de la forêt aux champs, et ainsi de suite. Une forêt sauvage, parfois primaire, juste à côté des villes avec pour seule présence humaine, des temples cachés au milieu des bois.
Ici tout cohabite, comme dans leur religion animiste, l’homme et la nature dans un respect continue des traditions.
Arrivée de nuit encore.
