Samedi 31 octobre
En direction du Temple 66 Unpenji situé à 1000 mètres d’ altitude, en compagnie de l’américaine Mona D rencontrée avec Dimitri, il y a deux ans sur le henro. De retour sur le pèlerinage elle a souhaité venir à notre rencontre. C’est Mona qui a présenté Emily à Dimitri.




Très peu de logements disponibles dans ce coin de montagne à proximité du Unpenji. Le minshuku le plus proche était plein. Avec son aide nous avons fait appel à un service de pick-up et avons séjourné dans un autre minshuku miteux. À notre arrivée sous la pluie, les sens éveillés par une journée de marche dans la splendeur de la nature, la crasse et la puanteur rivalisaient. Une odeur de poussière graisseuse accumulée et rance m’a pris à la gorge. Je n’avais qu’une hâte: sortir. Rien de disponible autour. J’ai essayé d’appeler sans réponse des logements pas trop éloignés. Je me suis dit que c’était l’étape inévitable dans un voyage, où l’on dort dans un endroit déplorable. Par contre le prix dépasse tout ce que nous avons payé jusqu’à maintenant. Difficile de juger la tenancière, cette vieille femme ne reçoit aucune aide de son mari de ses enfants et de ses petits-enfants qui logent à côté. L’agacement passé, j’ai essayé de comprendre et de discuter avec elle. Elle fait seule les repas et les chambres. Le ménage, depuis longtemps elle ne le fait plus. Le dos courbé en deux par l’arthrose et une vie de travail, elle ressemble à un point d’Interrogation. C’est aussi le devenir et l’avenir de ce minshuku qui est un point d’interrogation. Il faudrait le fermer mais où irons les pèlerins ? Les chambres sont à la limite de la saleté. La poussière des cendriers plein de mégots dans les couloirs. L’odeur, qui vous prend après une journée entière de marche, lorsque vous pénétrer dans la salle à manger est tenace. Je consulte les avis sur l’endroit. Cela dure depuis des années. Avidité, cupidité, négligence, vieillesse, un peu de tout cela mais tristesse aussi. Je discute un avec elle luiparle du ménage . Elle est seule à travailler, mais elle pourrait très bien embaucher quelqu’un une heure par jour pour l’aider à faire le ménage avec tout ce qu’elle gagne. Mona philosophe et avec une bonne dose de compassion bouddhiste dit que la solution serait de l’aider à faire le ménage. Peu importe, nous partons, il fait beau.
Je me suis levé tard, j’ai manqué le pick-up de 6h30 qui devait nous ramener sur le sentier. Nous sommes quitte pour 2 heures de marche supplémentaires. Mona marche devant un peu bougonne. Elle est préoccupée par les élections aux États-Unis. elle a quitté son pays suite à la réélection de Trump en 2024 et s’est installée à Bonn près de ses racines. Elle ne supporte pas sa politique, elle a vendu tout ce qu’elle avait, elle a mis en vente sa maison de Floride et elle espère pouvoir obtenir la nationalité allemande. Sa mère est allemande. Son père était copte égyptien. On lui a déjà refusé la nationalité. Elle tente de nouveau de l’obtenir pour ne pas être apatride à 68 ans. Elle parcourt le monde à pied, quand elle ne s’occupe pas de son jardin botanique de Floride où elle collectionne des espèces rares.
Nous faisons un long détour pour trouver une épicerie et de quoi manger. C’est une épicerie très locale sans nigiri. Mona toujours sur sa lancée n’achète rien et repart. Pas évident pour des étrangers de passage de se repérer dans les rayons d’une épicerie de campagne.
Je fais le plein de sembe sucrés salés et autres biscuits que je connais.
À 10h30 pause. Je partage mes victuailles avec Mona.
Après quatre cinq heures de marche nous atteignons l’Umpenji. Le bâtiment est plutôt décevant, relativement moderne et très étendu. Le site est d’ailleurs payant, gratuit pour les pèlerins à pied. le plus frappant et cette cohorte de statuts de pierre, comme une armée humaine, pétrifiée, une cohorte de fantômes posés des deux côtés du chemin qui regardent le pèlerin poursuivre sa route. Tu vois sur ces visages de pierre toutes les expressions possibles, la compassion, la sagesse, la patience, la concupiscence, l’envie, la joie, la suffisance, l’arrogance, la fierté, la générosité, le soutien, le repos. Qui ont été les modèles de ces scuptures? On ne voir que des hommes, aucun visage féminin.





Après le temple je monte à proximité sur le sommet d’un bâtiment qui abrite une imposante statue. A l’intérieur un abri pour les pèlerins et une collection de gravures des 88 temples du Henro. La vue sur la vallée et la mer est plongeante. Demain je serai près du port.




Mona part avec le câble car. Je descends à pied. Il est encore tôt j’ai du temps. Mal m’en a pris le chemin est mal balisé et je me perds, cette partie du sentier est très mal entretenue. C’est un fond de torrent qui forme une sorte d’entaille triangulaire dans la roche. On ne peut pas prendre de bons appuis sans se tordre les pieds constamment. Je termine avec les pieds irrités par la torsion et les frottements, très douloureux et deux nouvelles ampoules aux talons.
Arrivé à mon logement vers 16h. Un ancien wagon lit converti en Henro house




