Dardanelles Troie la guerre encore et encore

Les armes n’ont pas encore de feuilles, elles ne renaissent pas au printemps

il fait à peine quinze degrés dehors;  les campagnes s’étendent en immenses vallons agricoles. La région sort à peine du froid, des aubépines blanchies de fleurs bordent les blés, un paysage qui pourrait être chez nous mais avec une tonalité différente. Est-ce l’humidité de l’air ou la proximité maritime, le relief, plus plat, plus ondoyant? 

Quasiment pas de construction de ce côté, puis une ferme à grande échelle surgit au bord de la route. 

La mer de Marmara n’est pas très loin, mais elle tarde à apparaître. Nous sommes encore à 170 km de Canakkale. Nous y serons à 20 heures avec la tombée de la nuit. 

Grâce aux miracles de la technologie, nous pouvons nous repérer facilement, rejoindre notre hôtel, marcher à pied un ou 2 km depuis l’arrêt du bus

Réserver un hôtel, payer en ligne, voyager est devenu d’une telle facilité, tant qu’on a un petit peu d’argent sur son compte en banque.

je n’ai pris que cinq kg de bagages juste de quoi me changer, lire et nous verrons bien

Des champs de céréales bordés de haies fleuries…

il est 18 heures on ne voit personne dans les champs

une halle commerciale à l’abandon

Les paysages différent à peine de ceux du train avec plus d’habitation peut-être 

le train offre le charme des villes traversées et des gares aux morphologies toujours différentes. En bus un petit côté de route nationale avec ses pylônes électriques et ses paysages ruraux 

12 avril 2026 à Canakkale proche du site de Troie, dans le détroit des Dardanelles, lieu de commémoration des combats entre les puissances alliées européennes face à l’Allemagne et son allié l’empire ottoman essoufflé, 1915 1916 sur les hauteurs, des grandes inscriptions entre souvenir des lieux de combat. 

C’est le Verdun turc, leur lieu de commémoration, et certainement  d’exaltation de la fibre nationaliste, immense drapeau et des cimetières pour héberger les dizaines de milliers de corps de jeunes soldats, français, anglais, néo-zélandais australiens, turcs mort dans ces combats dirigés par le futur Ataturk héros national. 

la ville de Kanakkale si animée hier soir est bien calme ce matin à 7h sur le front de mer, ne bougent que les ferries quelques pigeons et des oiseaux dans le ciel.

De vieux Turcs prennent leur café à une terrasse et des groupes de touristes asiatiques, ici thaïlandais, se photographient devant la réplique du cheval de Troie.

Le ferry est déjà loin. en quelques minutes il attendra l’autre rive du détroit, une rive qui est déjà illuminée par le soleil, tandis qu’ici la ville patiente encore dans l’ombre d’une fin d’aube

Elle est bien développée la Turquie, il ne faut pas s’attendre à un pays pauvre. hier dans le centre de Canakkale, du bruit, de l’animation de la musique et des jeunes qui sortent et  s’amusent. La ville est universitaire. Les femmes ne portent pas le voile, une jeunesse libre se retrouve entre amis dans des bars et cafés s’amuse. Fume beaucoup des cigarettes à chaque table, le tabac n’est pas encore interdit dans les établissements. Du bruit de la musique très fort jusque tard. 

Dans la nuit, pas d’ austérité religieuse on sent  la jouissance de vivre sa jeunesse 

 devant un hôtel un car arrive, un groupe de touristes chinois se rassemble pour sa prochaine destination avec le premier soleil. la ville s’anime , il fait encore frais à peine une dizaine de degrés. 

C’est une bonne saison pour visiter la Turquie avant les torpeurs torrides de l’été.

Le ventre vide encore, l’esprit libre, je déambule sur les quais qui s’animent lentement

 une maquette reconstitue les fortifications, les temples et les maisons de Troie, toits aux terrasses plates, soutenues par des charpentes de bois.  

De la ville de Troie, maquette assez rudimentaire, faite à la va-vite pour remplacer ce qu’il n’y a plus à voir, et que de toute manière les groupes de touristes n’auront sans doute pas le temps de visiter. Que venir faire ici si ce n’est voir le site de l’antique Troie

Des pigeons finissent des grains de maïs éclatés devant des stands de marchands d’épis grillés au feu de bois. Au petit matin les stands sont laissés tels quels prêts pour la relève du lendemain.  il y en a bien une dizaine tous à peu près identiques, stands de rue qui vendent également des pommes de terre frites.

Et des chats bien sûr, les chats blancs et noirs, les chats roux, les chats qui se chamaillent les chats qui chahutent des chats qui chabottent des chats qui chassent qui se chassent qui jouent et qui cherchent la nourriture. 

Hier soir, en arrivant à la gare de bus, il était 21 heures, j’ai retiré de l’argent à un distributeur. Une commission de 8 % est prise sur tous les retraits. Voilà un placement bien rémunérateur pour les institutions financières. Disons que c’est le prix du services. Chèrement payé. Nous attendons jusqu’à près de 22 heures et prenons un bus pour le centre-ville et rejoignons à pied de notre hôtel.

Un vieux monsieur nous accueille, il parle couramment français, il a été élève au lycée français de Constantinople. Il a passé toute sa vie en Angleterre a été marié avec une anglaise. Parle sept  langues, le turc, l’arabe, le suédois l’espagnol, le français, le portugais, l’anglais.  il a dirigé des hôtels prestigieux dans le monde entier, il a eu beaucoup d’argent une grande maison au centre de Londres et aujourd’hui à 70 ans il s’ennuie, alors, il vient aider bénévolement un ami du lycée français qui détient cet hôtel. Il n’aime pas la Turquie d’aujourd’hui, il est laïque, refuse l’islamisation du pays se plaît plus à l’étranger qu’en Turquie. Il viens ici parce que sa fille fait ses études à Canakkale. Alors pour tuer l’ennui, il accueille les voyageurs. Des français, il n’en voit quasiment jamais ici. Ce sont des Australiens et des neo-zélandais , qui viennent se recueillir sur la tombe de leurs ancêtres. Les Anzac. 

Les Français, les Dardanelles ne savent même pas, ne les commémore même pas, ne s’en souviennent même pas

Qui connaît le désastre de l’armée française des Dardanelles ? ,qui vient commémorer, se recueillir sur les tombes ? où sur les lieux de combat ?

de Nouvelle-Zélande et d’Australie des groupes entiers viennent commémorer leurs anciens. 

 À quoi sert-t-il de commémorer me dire-t-on ? la vie continue la mort est passée, elle a fauché. 

Des politiques ont décidé dans des dîners dans des bureaux dans des ministères, ont décidé de faire la guerre, d’envoyer au combat, d’utiliser des gaz toxiques. 

ils ont décidé, ils ont le pouvoir, le pouvoir de nuire, le pouvoir d’ordonner la mise à mort de milliers d’enfants qu’on envoie au massacre comme sur le front de 4 18 en France 

Lisez le grand troupeau de Giono, un désastre humain, tous ces enfants qu’on envoie se faire mitrailler. 

les hommes de pouvoir, ils sont bien à l’abri, dans leur bureau, leur ministère avec leur orgueil avec leur démesure avec leur égoïsme avec leur envie de gloire, de mémoire, d’histoire et de sang

1915-1916 2025-2026

110 ans plus tard l’histoire se reproduit. c’est en Iran, c’est au Liban qu’on massacre et perpétue des massacres sur la bande de Gaza

 pour justifier quoi ? 

empêcher l’Iran d’avoir l’arme nucléaire ?

Pour assurer la paix d’Israël, pour assurer la paix on tue, on détruit des deux côtés, on se tue, on se détruit, convaincu de sa raison de sa bonne cause dans une folie meurtrière comme toujours les habitants pris en otage sont les victimes de ces combats. 

Deux chats face-à-face autour d’une canne à pêche, s’observent se regardent, l’un noir l’autre roux

Sur le quai, un vieux sous-marin rouillé attend les visiteurs. Le sable noir, noir du sang coagulé, noir de la poudre à canon, noir de la guerre, le sable noir de la mort de ces milliers d’enfants.

Çorba

Nous prenons une soupe dans un petit restaurant Çorba. Flo prend une soupe de lentilles au goût de pois cassés. Je m’essaye à la soupe de tripes assaisonnée de jus de citron et d’un peu d’ail fraîchement coupé. La soupe est bien chaude. Je mets de côté les a priori un peu de dégoût et je me lance, j’ai faim et j’avale jusqu’à la dernière goutte, le bouillon, les tripes, le jus de citron et les confettis d’ail. je m’en étonne presque, il ne reste rien. 

 Un peu de piment pour assaisonner le tout. je divertis mes papilles  avec quelques lampées de soupe de lentilles corail, pioché dans l’écuelle de Flo.

Ensuite, nous nous installons à une table pour prendre un thé. Les turcs  ne boivent pas de café ou si peu. Nos voisins ont le visage marqué par le soleil,  le tabac sans doute, beaucoup fument, l’alcool et les conditions de vie. Quelles sont les raisons?  tu m’interroges.  un État policier où l’on est souvent contrôlé cela n’aide pas. La crainte la peur de la prison. les conditions de vie ne doivent pas être simples.  

Notre hôte à l’hôtel se nomme Gengis, nous dit avoir regretté étant étudiant en France ce prénom barbare choisi par ses parents. « mais c’est comme ça! «  lui laïque, défenseur des  libertés individuelles, déplore l’évolution de la Turquie et son islamisation.

Nous sommes arrivés avec 10 minutes de retard à l’arrêt du bus, la gare des minibus se situe juste en dessous du d’un pont. 

le prochain bus pour Troie est dans deux heures. Changement de programme. Nous cherchons un endroit pour déjeuner et revenons vers le minibus en nous disant que ce serait dommage de le manquer. Je dors dans le bus harassé par ces dernières semaines de travail

 arrivé sur le site de Troie j’achète les billets 27 € par personne, rien de moins ! 

nous sommes négligeable ici et nous nous dirigeons vers les ruines en premier, le musée attendra. Le musée est un cube de metal oxydé aux baies vitrées teintées, sans vraiment d’âme et autour beaucoup de verdure et une allée de pins qui bordent chaque côté de la route; pour faciliter l’entretien des désherbants sont épandus au pied des arbres l’écologie attendra. Ici, on fait pratique, on préfère désherber et empoisonner le sol, plutôt que donner la peine de tondre cette herbe naissante. Des pratiques qui me rappellent la France de mon enfance, un développement un peu hâtif, des murs construits à la va-vite qui tombent déjà en pièce. 

nous voici bientôt sur le site de l’antique Troie il nous aura fallu quelques heures pour arriver jusque-là sans véhicule

 voyager prend toujours du temps et cela donne l’occasion de faire des rencontres comme le fameux Gengis ou le chauffeur de bus tout à l’heure. 

Les gens ne parlent pas vraiment bien anglais alors quand on rencontre une personne pratiquant notre langue c’est tout de suite un moment d’échange plus agréable. Le site approche il y a plusieurs bus sur le parking nous ne serons pas seuls et pas mal de voitures.

Nous avons visité ce que l’on pense être les ruines de Troie sur un site assez petit de taille. Plusieurs cités se sont succédées sur plus de 3000 ans

Au milieu de la végétation printanière les anciennes fondations et les fortifications de la ville se croisent et s’entremêlent en couches successives mises à jour par les différentes fouilles du 19e et XXe siècle. 

le site vaut le détour ainsi que le musée qui propose quelques pièces exceptionnelles comme une table d’argile qui retranscrit un traité entre Troie et l’empire Hittite. ce traité faisait de Troie un vassal de l’empire, c’est notamment pour cette raison que les troyens se sont battus contre les Acheens , c’est-à-dire les Grecs. 

la ville s’était fortifiée pour se préparer au combat. Les récits d’Homère ont rendu la ville de Troie célèbre et un tourisme important se développait à Troie depuis l’Antiquité. Alexandre Le Grand,  Auguste, Hadrien et de nombreux puissants sont venus se recueillir sur le site. C’est un des premiers lieux touristiques de l’histoire de l’humanité

Cela nous amène à réfléchir cette mise en perspective de ruines, qui étaient  déjà un site touristique

un jour on visitera les ruines de Rome qui herbergeait elle-même les ruines de la Rome antique. Les ruines sur les ruines. Comme à Troie des villes qui renaissent de leurs cendres et donne naissance à de nouvelles ruines. L’eneide de Virgile a été composée pour l’empereur Auguste qui lui même avait visité le site de Troie. Les romains proclamaient qu’ils étaient les descendants des Troyens comme César descendant d’Enee . Auguste en visite à Troie cherchait à justifier des origines troyennes. Comme Homere a écrit l’Iliade Virgile à rédigé la version romaine de l’épopée à la gloire d’Auguste