Entre Selçuk ( Ephèse ) et Istanbul 

Vendredi 24 avril

Au-dessus des champs d’oliviers et de pêchers la brume inerte fait bouffer ses volutes cotonneux. Nous avons pris le bus à 7h30 à l’otogar de Selçuk. Le patron de notre hôtel sympathique, encore à demi éveillé a tenu parole et nous a conduit jusqu’à l’otogar située hors de la ville.  J’ai des scrupules à l’avoir fait lever un lendemain de fête. Nous aurions pu marcher les quelques kilomètres. 

Huit heures de bus en perspective. Pour rien au monde j’aurais pris un vol intérieur. Ce serait passer à côté tant de choses. Je reste le plus possible le nez collé à la fenêtre pour voir et emmagasiner des images. La nature a été faite pour qu’on puisse l’admirer. Tous ces paysages façonnés par le temps, les mouvements de la terre, l’écoulement des eaux, les souffles du vent. 

La chaleur du soleil la couvre de végétations, d’éclats émeraudes des blés, des hautes hampes de fenouil qui tachent de jaune le vert tendre des prés.

Le vert éclatant des campagnes
Plantations d’Olivier en avril

Les herbes sont hautes, vertes encore, il a tant plu avant notre arrivée! Par endroits de grandes flaques persistent.  La nature est d’un vert incroyable sur de grandes distance : sur la voie rapide nous longeons un champ de blé qui s’étire sur au moins deux kilomètres, puis des abricotiers, des pêchers. 

La richesse de l’Anatolie agricole
Paysage sur la route

Il y a près de 10 000 un des premiers villages connus constitué autour du mode de vie sédentaire agricole est en Anatolie à Çiatal höyük dans la province actuelle  de Konya. Plus de 5000 personnes y vivaient. 

Nous traversons une zone marécageuse peuplée de flamants roses avec les chevaux camarguais en moins. Dans la plaine à l’horizon  derrière les sentinelles de mûriers disposés à la lisière des champs on distingue la brume opaque et polluée d’une ville nouvelle. Au dessus  les sommets des montagnes dont les sommets retiennent quelques paquets de nuages. 

Dans les blés hauts, quelques réminiscences de colza en fleurs, semi de l’an passé. Au bord de la route hêtres pins érables acacias. Des  champs fraîchement labourés attendent les semis de printemps. 85 millions d’habitants à nourrir et loger. 

à Selçuk, des dizaines de nouveaux immeubles sortent de terre sur des terrains en pente dont le sol semble à peine stabilisé. Qui achètera tous ses appartements visiblement vides?

Chantier immobilier en construction

Le secteur du logement est en crise : de vastes programmes lancés il y a plusieurs années ont vu les coups de construction s’envoler avec la dévaluation de la livre turque. En face le resserrement du Credit, la remontée des taux d’intérêt limitent les capacités d’achat des classes moyennes. Les programmes de standing ne se vendent pas bien. Comme nous l’expliquait l’ancien agent immobilier reconverti en guide, les gens ne peuvent acheter et sont contraints de louer. Les prix des loyers flambent notamment à Istanbul. Les promoteurs doivent se retrouver avec des stocks d’appartements invendus sur les bras.  Depuis les tremblements de terre de 2023 les normes  ont été durcies ce sui renchérit la construction. 

Vastes aménagements immobiliers industriels et tertiaires

Bref un secteur qui devrait connaître un ralentissement ce qui ne sera pas forcément une mauvaise chose pour les paysages urbains qui se sont couverts de champignonnières hideuses  d’immeubles. En attendant les cimenteries tournent comme celle située juste à côté de nous près de la gare d’Izmir où nous stationnons. 

Cimenterie

En Turquie le transport ferroviaire est très peu développé la plupart des déplacements se font en bus et en minibus. Les gares de bus sont d’impressionnants complexes comme des aéroports. Souvent sur deux niveaux avec plus de 100 quais où des rangées de bus stationnent. Ils sont gérés par de nombreuses compagnies privées, comme Truva, Obilet, Pamukkale et bien d’autres. Et ils sillonnent le pays en tous sens. L’électrification des transports sera un enjeu majeur dans les années à venir car tout roule à l’essence.

Hall de l’otogar de Bursa
Une des immenses Otogar d’Istanbul

Devant le bus, des clameurs et des clappements de main attirent notre attention. Un jeune homme d’une vingtaine d’années entouré de sa famille émue est visiblement sur le départ. Une douzaine de femmes et autant d’hommes plusieurs essuient une larme du dos de la main. Tous sont visiblement émus. 

Une famille accompagne un conscrit

J’essaye de comprendre on m’explique qu’il part pour six mois de service militaire. Un passager du bus qui parle anglais m’indique qu’à son époque il partait pour 24 mois, et là six mois ça le fait sourire : il hausse les épaules en souriant. 

C’est tout de même émouvant de voir toute cette famille élargie réunie pour le départ d’un jeune. Devra t’il combattre ?  il y a le drapeau turc noué autour du cou et son dos arbore le rouge national. il cherche toute sa famille du regard et s’assure qu’il n’a oublié personne, un peu perdu mais ne montre pas de signe d’émotion. Son frère et sa petite sœur le serrent dans leurs bras, puis son père vient lui donner la dernière accolade. 

Nous  quittons la scène et les laissons à leur émotion familiale et regagnons le bus qui part pour sa prochaine étape Bursa. 

Nous sommes presque à mi-chemin à proximité de la ville de Soma. Une importante centrale électrique thermique qui fonctionne au charbon est située à proximité de la ville. Le site est imposant, je consulte les avis sur Google, certains dithyrambiques louent la dimension du site industriel, d’autres plus critiques, signalent la présence de nuages noires au dessus de la ville tandis qu’ils passent à 4h du matin en bus de nuit,et évoquent les risques les pour la santé des habitants de soma. L’environnement va devenir de plus en plus un sujet de préoccupation comme ailleurs. 

La centrale électrique de Soma

Je m’amuse à reconnaître des inscriptions en turc. La langue turque est très phonétique. Elle a une grande capacité à incorporer des mots nouveaux. Oxygène devient Oksijen 

croissant devient Cruasan…

Notre journée en bus se termine. J’en ai profité pour mettre mes notes à jour et photographier le paysage. 

Entre Bursa et Istanbul

Ce parcours de 15 jours en Turquie aura été un pèlerinage entre les Dardanelles, Troie et les cités hellénistiques de la côte ouest de la Turquie. 

La mosquée bleue dans la nuit

L’arrivée à Istanbul est un peu chahutée. Le personnel du bus pas très aidant. J’oublie ma veste à l’intérieur du bus. 

Arrivée depuis l’un des ponts d’Istanbul

Le soir nous retournons dans l’hôtel où nous étions l’an dernier et faisons un tour dans la vieille ville pour regarder Sainte Sophie en travaux et la mosquée bleu.