Une fête nationale en Turquie

Jeudi 23 avril.

Aujourd’hui jour de repos. Il pleut cela tombe bien. Nous organisons le bus de retour : départ demain 7h30 vers Istanbul et mettons de l’ordre dans nos notes de voyages, et nous adonnons à une activité favorite. La lecture. Flo est plongée dans une anthologie des auteurs antiques. Je me délecte des récits de voyage des ambassadeurs du moyen âge en Asie centrale et en Mongolie. En fin de matinée nous sortons nous dégourdir les jambes 

Je dois aller à la poste pour acheter des timbres ou du moins faire tamponner les cartes postales. Surprise au moment où j’arrive a la poste, tout le personnel et le mobilier ont été déménagés. On m’explique que je ne peux pas acheter mes timbres. Décidément ces cartes postales ne devaient pas être envoyées. ..

Le 23 avril est une fête nationale et la fête des enfants instituée par Mustafa Kamal Ataturk en commémoration de la fondation du Parlement turc. Ce jour là les enfants ont le pouvoir et la journée leur est consacrée. 

Sur la place de Selçuk nous assistons aux festivités, à un rassemblement important devant une scène dans une ambiance festive et bon enfant. 

La fête du 23 avril Selçuk

Tout autour des stands comme une kermesse avec des jeux et activités pour les enfants. Nous retrouvons le responsable de notre hôtel avec femme et enfants. La veille leur fille a défilé déguisée en japonaise. Ils m’ont fièrement montré les photos ce matin. Aujourd’hui c’est le tour des danses folkloriques en costumes traditionnels réalisées par les enfants de Selçuk, garçons et filles de font face en rang et danses en musique sans croiser leur regard. 

La scène

Auparavant avaient lieu les discours des autorités municipales. À chaque fois des femmes. Le nom d’Ataturk revient très souvent. On sent qu’il a une place à part et qu’il est aujourd’hui encore considéré comme le père de la nation. Partout dans les commerces et les bâtiments publics des drapeaux ou des images à son effigie . A l’instant où l’hymne national est joué tout le monde se tait immédiatement et se tient bien droit. Le brouhaha de la place municipale devant la scène avec tous ces enfants en train de jouer s’est arrêté net. Tous petits et grands écoutent en silence avant d’entonner le chant de l’hymne de la république de Turquie.

Hymne

Nous regardons un moment les danses folkloriques. Les filles ont des pièces dorées cousues autour de leur coiffe et de belle broderies colorées sur leur vêtements. Elles portent un pièces d’étoffe tissées devant leur jupe. Les garçons ont une chemise blanche une veste bleue brodée et un pantalon turc un peu bouffant. 

Les turcs aiment vraiment les animaux. Ils aiment les chats depuis l’antiquité, on en voit partout, les chiens sont partout  chez eux, on leur met un tapis devant les boutiques pour qu’ils dorment, ils passent leur temps à somnoler sur les trottoirs et même au milieu de la route. Les voitures klaxonnent quand c’est vraiment infranchissable sinon elles les contournent. Les animaux ne sont pas craintifs ils sont habitués à la proximité des humains qui ne leur font visiblement jamais de mal. Nous croisons un chien qui s’est installé sur le siège d’une moto. Il a visiblement ses habitudes. Il attend sans doute son propriétaire pour le ramener à la maison. 

Les cigognes sont partout chez elles ici. On les aime tant qu’on leur ménage un espèce de panier métallique sur les poteaux électriques pour qu’elles puissent nicher et même sur les pilles de l’aqueduc. Elles font partie du décor. 

Cigogne et aqueduc romain

Je retourne visiter le musée archéologique. J’avais besoin de revoir l’Artemis d’Ephèse et de me recueillir devant sa beauté rayonnante. Serais-je devenu un idolâtre païen ? J’ai été fasciné par cette statue. Face à elle dans la grande salle vide et sombre je l’ai saluée avec dévotion. Étais- je un nouvel adepte du culte d’Artemis d’Ephèse…

J’ai également revu la reconstitution en trois dimension de la ville d’Ephese et photgraphies les sculptures que j’avais manquées. 

L’empereur Domitien

La tête de Domitien est monumentale. Près de deux mètres de haut. Ainsi que sa main ont été retrouvées. Lorsqu’il fut frappé de damnatio mémoriae son nom fut effacé du temple ainsi que son effigie ?

Pourquoi cette condamnation ? J’ai recherché quelques informations disponibles sur Wikipedia . Les historiens modernes auraient quelque peu réhabilité sa mémoire. On considère aujourd’hui qu’il est à l’origine de grandes réformes. Des proches le firent assassiner parce que Domitien était considéré comme un despote. Les historiens classiques l’ont décrit comme un despote paranoïaque. Il était aimé du peuple et de l’armée. Contesté par le sénat.

Partout, l’odeur des fleurs d’oranger embaume l’air. Envoûtante. 

À l’Artémision ce qui reste du temple d’Artémis : une seule malheureuse colonne se tient debout, on l’a aidé avec un peu de béton armé et sur le sommet, on aperçoit le crâne duveteux de jeunes cigognes tandis que les parents sont en quête de nourriture. C’est dire à quel point ces volatiles sont présents partout jusqu’au sommet des vestiges antiques. Le site est gratuit, c’est un des seuls, il est intéressant, on serait heureux de l’avoir en France. Plutôt démunis en terme de vestiges : des pierres de si delà, surtout des rochers de fondations. Les pierres du temple ont été réutilisées dans d’autres constructions au fil du temps, notamment la basilique Saint-Jean et la mosquée Isa Bey. 

Il fallait bien reconstituer là aussi une colonne pour susciter l’intérêt des visiteurs et donner quelque chose à voir et photographier. Chaque site reconstitue son élévation. Parfois hétéroclite et hasardeuse. L’empilement de colonnes et de pierre ferait certainement se retourner dans leur tombe les architectes antiques 

La colonne sert aussi de logement à des oiseaux . En dehors des cigognes, des sorte de corbeaux à tête grise qu’on voit également en Grèce, ont fait leur nid dans des anfractuosités du ciment. 

L’Artemision

Elle a triste allure cette colonne sous un ciel gris avec son ciment noirci par le temps.  Quelque chose de rapiécé, une mémoire de l’Artemis d’Ephese, car c’est ici qu’elle se tenait la divinité, rayonnante. La  taille de la colonne laisse imaginer le gigantisme de ce temple et la force qui devait en émaner.  Une puissance somme toute aussi forte que la terre, puissance venue des entrailles de la terre, cette terre qui nous rappelle à son bon souvenir fréquemment par ses tremblements. 

Du Temps de sa splendeur ce temple était considéré comme une des Sept merveilles du monde. 

L’artemision du temps de sa splendeur
Maquette Artemis dans son temple

Le temple a été construit grâce au financements de Crésus. Il avait sû rendre une partie de ce qu’il avait pris du sol. Générosité ou crainte ? On ne sait jamais ce qui motive les dons. 

Détruit pas un incendie en 356 JC. On raconte, j’a peiné à le croire, que la date coïncide avec la nuit de la naissance d’Alexandre le Grand. C’est un symbole. Il allait ébranler le monde pour les années à venir. 

Nous passons devant une gendarmerie et une école, un buste du président Ataturk avec en dessous gravé dans la pierre les dates , 1881– symbole de l’infini. 

Buste du président Ataturk père de la Turquie moderne

Le festival est terminé, les enfants, encore en costume traditionnel prennent une boisson méritée dans les cafés avec leurs parents. Cet après-midi, ils dansaient sur l’estrade municipale.  Les familles sont aux terrasses des cafés et des restaurants. Chacun profite à sa façon de ce jour férié. 

Nous dînons dans notre restaurant habituel. Le bébé de la maison dort sous un linge dans un transat posé sur une table voisine 

La troisième génération. Future patronne du restaurant ?