Mardi 3 novembre
Ce matin je prends le train vers le temple 79. Dans la gare un bouquet de fleurs.
Je n’avais pas le bon horaire de train, je suis arrivé avec 35 minutes d’avance à la gare. Cela m’a permis d’acheter de nouveaux pansements pour mes ampoules. Espérons qu’ils soient plus costauds.
Je n’ai pas pris le train express qui coute beaucoup plus cher. Résultat arrêt à chaque gare avec de longues pauses. Au final pres de 2 heures en tout. Plutôt que quatre heures à pied d’un trajet en ville que j’ai déjà fait.




Un matsuri se prépare. Lors de mon précédent henro j’étais resté toute une journée pour assister à un matsuri. Je n’ai pas trop le temps cette fois.
Près du temple 78 des jeunes s’activent pour vider une maison. Celle d’une personne âgée. Ils la vident pour la raser et m’ autorisent à faire quelques photos et une vidéo. Ses meubles son déambulateur ses pantoufles son aspirateur. De belles pièces avec cloisons mobiles et un jardin intérieur. Certes la maison n’est plus au goût du jour mais elle aurait pu être rénovée bientôt il ne restera rien de la vie de cette personne. Juste à coté des terrains à vendre et un peu plus loin un chantier de construction. Les fondations d’une nouvelle maison sont en train de sécher. C’est le cycle du renouveau. Ne pas s’attacher aux choses matérielles.








Je repasse au temple 78 Goshoji. Je le visite de Nouveau, le jardin japonais et la grotte très spécifique où des petites figurines symbolisent les personnes disparues. À l’entrée un espace réservé aux enfants avec des petits doudous accrochés aux statuettes. L’ endroit est très émouvant. On sent la profonde détresse qui envahît tout parent perdant prématurément un enfant. Au pied des statuettes toutes sortes de nourritures sont déposées : des boissons des biscuits des victuailles. Mème dans l’au delà les enfants ont besoin de nourriture.


Je visite ensuite le très beau jardin qui jouxte le temple. Je l’avais filmé il y a deux ans, il est toujours aussi beau. Le matin l’éclairage n’est pas favorable avec le contre-jour.
C’est ici que mon voyage s’était terminé en 2024, c’est ici qu’il reprend en 2026.
Le pont sur la rivière Daisoku
Une odeur de vase
Monte jusqu’à moi
Aujourd’hui, 3 novembre est un jour férié, c’est le jour de la culture. Les familles sont de sortie. Partout dans les squares, et les jardins publics des jeunes parents avec leurs enfants qui s’amusent.

je m’arrête sur le chemin dans un petit restaurant de Udon, spécialité locale de pâtes de blé. Ces restaurants sont populaires, sorte de baraquement à demi extérieur où l’on s’arrête quelques minutes le temps d’avaler un bol de nouilles dans un bouillon de sauce. On choisit soi-même les garnitures et le prix est proportionnel.
Moment imprévu, ce n’est pas l’heure du repas, mais je me suis laissé tenter par les udons.



Je me retrouve à côté d’une famille bien sympathique, une grand-mère, un couple et leurs trois enfants gentiment impertinents et bruyants comme savent l’être les enfants Japonais. On discute un peu, un des enfants dit qu’il aimerait bien aller marcher sur le sentier du pèlerinage, je lui dis qu’il aura mal aux pieds alors, il me répond qu’il viendra en vélo. Puis il dit à son père qu’il n’aurait pas assez de sous s’ils partaient tous en pèlerinage. Il n’a pas la langue dans sa poche comme souvent les garçons de son âge. La maman s’occupe de sa petite fille et la couve des yeux. Cela lui rappelle certainement des images de sa propre enfance. Moments privilégiés dans la vie des familles japonaises ces jours fériés.
Cette famille vient d’Hiroshima, ils sont venus pour la journée en voiture, ils quittent le restaurant en même tant que moi et me salue de la main tandis que je m’éloigne. Un des enfants me rappelle parce que je ne l’avais pas salué. Je reprends ma route. J’ai repris des forces pour un moment je suis chargé pour la journée.
Il fait beau, mon sac n’est pas trop lourd, le ventre plein, j’ai un toit pour ce soir, que demander de plus? Je ne pourrai sans doute pas faire l’itinéraire que j’avais prévu pour aujourd’hui, je n’en aurai pas le temps. Je terminerai demain.
Sur le chemin, une petite vieille aux cheveux blancs me salue, s’incline et sourit. C’est toujours touchant de voir le respect qu’ils ont pour ceux qui donnent leur temps pour ce cheminement et le pèlerinage. Ils savent toujours combien il est difficile d’aller au bout. Soyez prudents, ki o tsukete me lance-t-elle. ki o tsukete !
Un coq chante, je ne sais pas pourquoi, cela me rappelle mes premiers voyages en Chine, quand j’avais 20 ans. Cela devait être un son familier ici c’est beaucoup plus rare.
Un salon de coiffure pour dame qui a bien mal vieilli.
Les nouvelles générations veulent du neuf et je les comprends. Après le style chacun choisit, on peut couvrir la maison en ossature bois dans un style traditionnel ou contemporain ou occidental. Les conditions climatiques étant encore plus difficiles ici que chez nous, les Japonais veulent des maisons neuves isolées et chauffées l’hiver. Climatisé l’été. Fini le temps ou la famille se réunissait dans la pièce de vie autour d’un hibachi ( meuble de bois avec un caisson de cuivre rempli de braises incandescentes ) et se tenant au chaud sous une épaisse couverture. J’ai parfois connu ce temps.
Je vois maintenant des maisons modernes équipées de panneaux solaires qui doivent être autonomes en énergie.




Aujourd’hui jour férié, tous les commerces ou presque sont fermés, les rues ont le calme d’un dimanche. Je passe devant une vieille mercerie ouverte, mi magasin mi maison comme souvent les anciens commerces japonais. Tout un bric-à-brac de cartons et de fils bien rangés dans les petites boîtes. Ce commerce doit être centenaire et les commerçants aussi…
J’ai je l’avoue toujours eu une forte part de nostalgie en moi. Nostalgie du temps qui passe nostalgie des objets nostalgie des odeurs et des saveurs. J’avais le désir de retrouver au Japon les maisons que j’avais aimé découvrir à 20 ans. Il y en a de moins en moins. Et après ?
Finalement j’ai peut-être appris une chose dans ce voyage, que la nostalgie même est dérisoire. Il faut accepter. Les choses changent, les maisons d’il y a 20 ou 30 ans ne sont plus celles d’aujourd’hui. J’en vois tellement laissées sur le chemin il faut être vraiment nostalgique pour vouloir y vivre. En tout cas pas l’hiver il fait bien trop froid. A part quelques belles maisons de caractère qu’il faudrait absolument préserver. Sans doute pour du tourisme, en s’imaginant un petit peu être un habitant d’Edo, un peu samouraï, ou je ne sais quel personnage de fiction.
Il est finalement préférable d’aller de l’avant tout en respectant les traditions comme le font les Japonais, ils construisent neuf, mais avec le raffinement et l’élégance qu’on leur connaît. Ou avec mauvais goût pour certains. Les japonais n’ont pas tous le monopole du bon goût.
Je passe devant un temple où un artiste plein d’humour fait un clin d’œil aux traditions. Tradition n’exclut pas l’originalité. Dans la continuité des réflexions précédentes il faut savoir évoluer.


Je croise un couple âgé, ils se tiennent main dans la main, ils sortent juste de leur maison quand j’arrive. J’ai remarqué qu’il y avait de jolies peintures exposées autour de leur abri de jardin. Je félicite le peintre ne sachant si c’est le monsieur ou la dame qui peint. Il me dit que c’est lui, on se salue mutuellement, il me dit que sa femme n’a plus toute sa tête, elle répond que son mari n’a plus toute sa tête non plus. Ils soutient. Ils ont 78 ans et pres de soixante ans de vie ensemble. Je leur souhaite encore une longue.




Temple 80 Sanuki Kokubunji
J’avais prévu de passer par le temple 81 avant le 80 mais je n’avais pas assez de temps. Demain longue journée en montagne temples 81-82-83 …
