« Nous avons vengé Hector aurait dit Atatürk après la victoire des Dardanelles »
Opposition entre l’orient et l’occident entre les Turcs et les européens …
Ce matin nous avons traîné dans la chambre, fatigués des marches d’hier, de tout ce que notre mémoire et nos yeux ont enregistré. Besoin de repos de lecture. petit déjeuner tardif puis à midi nous quittons l’hôtel
devant nous une demi-journée de bus pour faire à peu près 100 km le long de la côte, avec de nombreux arrêts. Par précaution, je m’installe dans un restaurant de çorba. Florence n’a pas encore faim. Je commande une assiette de soupe de lentilles pour deux. Je suis plus raisonnable qu’hier. Je n’essaye pas la soupe de cervelle, de pieds de moutons ou de tripes. Je reste dans le végétarien et l’accessible. Le ventre plein, nous chargeons les sacs sur le dos et nous dirigeons sous un soleil printanier vers l’arrêt de bus qui nous conduira à la gare centrale.
Nous passons devant un collège, les enfants portent tous le même survêtement, pantalon bleu, sweat rouge ou blanc, avec « gazi » écrit sur le devant. peut-être le nom de leur école.
Il ne fait pas chaud, malgré le soleil, je supporte le bonnet de laine et la laine polaire sur les épaules. En avril, même en Anatolie, on ne se découvre pas d’un fil.
Nous demandons à un passant comment aller jusqu’à la gare centrale. Il nous accompagne et fait un long détour jusqu’à un arrêt de bus, puis s’en va discrètement. Chaque jour la gentillesse et l’hospitalité turque se confirment.
Docus 9 est des premiers mots de la langue turque que nous apprenons. Neuf. C’est le numéro du bus. Dokus me dit le chauffeur du bus 960 en enlevant le nez vers là-haut pour me dire non quand je lui demande s’il va à l’otogar. Flo me dit « ça veut dire neuf, je viens de regarder ».
Nous attendons longtemps le bus docus. Mieux vaut ne pas être pressé pour avoir son bus.
Auto Gare de Canakkale : de jour elle est plus accueillante. tout autour des immeubles sortent de terre, encore entourés des gravats de la construction. Des immeubles de six étages avec entre eux des airs de jeux pour les enfants et à quelques pas un cimetière. tout est en place pour organiser la vie autour de la gare, logements, jeux, commerces, travail et tombes.
où vont-ils ces futurs résidents pour le travail à Izmir, Canakkale? peut-être même jusqu’à Constantinople ?
je pensais que le bus partirait à 14h15. En fait nous avons pris des billets pour le bus de 13h45 et la caissière tout agitée se précipite vers nous assis sur un banc pour nous dire de monter vite dans le bus. Le chauffeur nous attend pour le départ. Assis les sacs déposés en soute la porte se referme, nous sommes installés dans un bus neuf confortable, ceinture de sécurité qui marche. Rien à voir avec certains vieux cars qui sillonnent les routes de France. En Turquie les trains sont rares on investit dans des bus et les gares routières.
les arrêts succès. La porte de la soute coulisse sur ses vérins et se referme. Le vieux chauffeur gris dégarni , moustache à la turque bien taillée, fait le tour de l’allée centrale et notes les places réservées . Ici le voyageur étranger ne circule pas incognito. on nous demande partout notre passeport et tous nos déplacements sont tracés entre les nuits d’hôtel et les trajets en bus. Pas besoin de GPS pour nous suivre. Il suffit de demander à la police. nous longeons les banlieues de canakkale, immeubles récents, je me demande quelle est la population de cette ville sans doute autour de 100 000 habitants.
Tout au long des 3h30 de trajet, j’ai regardé le paysage lu somnolé, regardé le paysage somnolé, et lu, observé les entrées et venues des passagers, l’impassibilité de l’employé de la compagnie de bus qui charge et décharge les bagages.
Rien de tel en voyage que des heures de bus pour découvrir un pays, ses habitants et ses paysages. En tout cas, c’est comme ça que j’aime être en itinérance. En train en bus ou à pied.
Nous avons eu droit comme la veille à un contrôle en règle de la gendarmerie qui scanne les cartes d’identité de chacun des passagers. Le gendarme nous demande notre passeport, jette un œil mais ne le scanne pas. Apparemment leur tablette électronique ne sont pas équipées pour scanner les passeports étrangers, uniquement les cartes d’identité turques. Les gendarmes ne sont pas désagréables ils portent des lunettes de soleil, ils font leur boulot…. On ne circule pas incognito en Turquie qu’on se le tienne pour dit.
Les gares routières se succèdent certaines plus modernes que d’autres. Nous arrivons à celle d’Ayvalik qui est plutôt fatiguée. Nous cherchons le minibus qui rejoint le centre-ville et évitons les taxis espérant un passager uncertain. Le minibus circule dans des lotissements récents et cahote sur les pavés, entre les immeubles de quelques étages; à force de boucles et de circonvolutions et d’arabesques , il finit par atteindre le centre-ville. De là nous regagnons notre hôtel. Ayvalik est une ville grecque. Elle a été grecque jusqu’à l’échange de populations de 1923 lors de la création de la république turque. tous les tuques qui vivaient dans les îles ou qui vivaient dans le nord de la Grèce sont venus s’installer en Turquie et tous les Grecs ont été invités à quitter les lieux. Tous les habitants d’Ayvalik étaient grecs des quartiers entiers se sont vidés.
aujourd’hui la ville garde son charme d’ancienne cité grecque mais elle elle a un grand besoin de restauration. Elle semble avoir été désertée de ses habitants qui lui préfèrent les quartiers d’immeubles neufs. Une Palerme en Anatolie. Beaucoup de maisons sont à l’abandon elles ont été mal entretenues et tombent en ruine. Certaines sont en cours de rénovation. Leur potentiel a été bien identifié et la ville progressivement se transforme en site touristique avec des restaurants et café ses bars et ses boutiques de décoration. en avril la ville reste encore très calme. Le tourisme ne pas pas son plein et tant mieux. nous vivons à Ayvalik comme des Turcs. Pour rejoindre notre hôtel qui est une pension récente nous traversons des quartiers délabrés. À tel point que nous nous demandons si nous ne nous sommes pas trompés d’adresse, et finissons par trouver une maison neuve au milieu de maison en triste état de ruine. Nous sommes accueillis par un jeune kurde et son père. Il nous parle de leur pays, de leur interdiction de parler leur langue, de l’éclatement de leur nation entre quatre pays différents. Cela fait écho avec le texte que je lisais hier de Laurent Gaudet sur les camps de réfugiés kurdes.
L’an dernier à Constantinople, nous avons rencontré de nombreux kurdes qui étaient soit commerçants, soit restaurateurs, soit serveurs. Une immense diaspora qui se trouve dans la région. Ils ne peuvent aller vivre en Europe sans visa et doivent rester ici. Tous nous parlent de leur village qu’ils ont dû abandonner. Le propriétaire de l’Auberge me montre des vidéos de son village en pierre, Mytiad, tout près de la frontière syrienne, on sent la nostalgie dans ces vieux yeux et ces traits ridés sur son visage.
Après un peu de repos nous descendons par les ruelles pavées jusqu’à la mer
en face Mytilene où je venais travailler, il y a presque 30 ans
combien de soirs j’ai regardé de l’autre côté de la rive le relief en me disant là-bas, la Turquie.
Combien de fois j’ai observé de l’autre côté, les lumières de ce pays lointain, de ce pays inconnu, la Turquie ne sachant si j’irais un jour.
Pendant trois ans, j’ai travaillé entre Athènes et Mytilene, dans une distillerie d’ouzo, où j’assurais la direction administrative et financière.
j’avais 30 ans, c’était il y a presque 30 ans, je venais en avion ou en bateau depuis Athènes.
Nous étions venus un été passer les grandes vacances avec toute la famille pendant quatre semaines. Nous avions loué une maison avec plusieurs petits appartements pour mes parents, mes sœurs et beaux-frères et nous et les enfants. Un bel été sur Mytilene au bord des eaux froides de la mer.
Là-bas de l’autre côté dans la pénombre, les lumières s’éclairent et le ciel s’empourpre. Là-bas l’île de Mytilene, Midilli comme disent les turcs Mytilene. Il n’y a pas de ferry chaque jour. Le bateau ne part pas demain. il faut attendre mercredi pour rejoindre Midilli en ferry. Alors je pourrais regarder la côte Turque le soir comme il y a 30 ans en buvant un verre d’ouzo
Ce soir par la nuit tombante, je regarde Mytilene. Une frontière maritime à séparé ces îles que rien ne séparait du continent. La guerre encore.
Autrefois, ils vivaient tous ensemble dans l’empire ottoman. À la naissance de la Grèce et de la Turquie, ils se sont séparés les Grecs d’un côté les Turcs de l’autre et pourtant tous frères.
Encore la guerre.
