À Ayvalik on tourne

Mardi 14 avril, notre hôte A… me montre une image de son village kurde de M… avec une église. Je lui demande s’il est chrétien il m’explique que la famille du côté de sa mère était d’origine chrétienne de Syrie, et me fait le signe qu’ils ont été tués. Difficile de communiquer avec lui il utilise difficilement le traducteur de son téléphone. On sent qu’il est empli de nostalgie de sa région d’origine. 

Il nous offre un café sur la terrasse. 

nous visitons ensuite les églises grecques transformées en mosquées.

Église d’Ayvalik devenue mosquée

Un minaret flanqué devant le fronton de l’église, et voilà comment un lieu de culte orthodoxe devient musulman. La pierre est la même : un gré rose taillé en colonne. la mosquée semble fermée, je n’entre pas. Un vieil homme s’adresse à moi en turc , il a perdu visiblement la tête. Je ne comprends rien à ce qu’il me dit. Il poursuit son chemin et ses invectives…

Le quartier dans lequel nous logeons est presque à la périphérie de la vieille ville. Il compte de nombreuses maisons abandonnées et où en ruines et insalubres que personnes ne voudrait habiter. 

Nous arrivons dans le centre de la ville, de belles maisons grecques, moitié en ruine sont à vendre à qui voudrait les restaurer et leur redonner l’ éclat d’hier. commerce, restaurant, atelier chacun trouvera sa place.

Je me pose à la terrasse d’un café pour prendre un pain fourré au fromage et un çai. sur la place une statut de cheval entourée d’enfants et tout autour des boutiques : un primeur avec ses étals colorés de légumes qui donnent envie de cuisiner, une boulangerie, une droguerie 

Place d’Ayvalik et ses commerçants

les pneus d’une camionnette crissent sur les pavés dans une manœuvre pour contourner une voiture qui stationne au milieu de la place. Le tout sans énervement.

Il fait beau en ce milieu du mois d’avril, le ciel légèrement couvert ne fait pas trop chaud

 Des bureaux d’administration sont ouverts. on ne sait pas trop ce qu’ils font. Ils sont nombreux dans la villes. partout des drapeaux avec le croissant de lune blanc et l’étoile sur fond rouge. les tables de la terrasse où nous nous sommes installées sont multicolores. Le Serveur nous accueille avec le sourire, je croise un vieil homme casquette sur la tête, fine moustache qui traverse la place. une marchande accroche des vêtements orientaux scintillants aux baleines d’un grand parasol. Elle a les cheveux décolorés presque gris, une allure très européenne; elle vend des antiquités de vielles pièces en bois des peignes à fruits en forme de pieds ou de main.  Sa boutique sent la poussière le vieux coton, elle vend des tissus des antiquités, tout ce qui peut intéresser un visiteur en quête de souvenirs de vieux et d’histoire à raconter. Une vraie boutique de souvenirs qui ne vend rien provenant de Chine, que des produits locaux, récents ou anciens. 

La mosquée à l’horloge, ancienne église  du XX siècle transformée en mosquée. pour les habitants turcs de Lesvos déplacés  ici en 1923 lors de l’échange de population.

il a fallu s’adapter à ce nouvel environnement, prendre possession de l’église, la convertir en mosquée.  ça n’a pas dû être simple non plus pour eux de changer de lieu de vie. ils ont retiré les statuts des saints ils les ont remplacé par de simples décorations, ils ont apposé un minaret au fronton de l’église. Ces nouveaux habitants, proches voisins ont fait leur place et se sont habitués à ce nouveau cadre. Tous avaient la même activité principale : la culture de l’Olivier et la production d’huile d’olive et son Commerce. 

Église convertie en mosquée

Alors les habitants musulmans de mytilene ont repris leur activité ici sur le continent en cultivant l’Olivier et en fabricant l’huile.  aujourd’hui l’église avec sa rangée  de colonnes doriques en grès rose est bel et bien une mosquée…

 On se déplace avec lenteur. Nous ne sommes jamais apostrophés,  jamais dérangés. À part par ce vieux fou que j’ai croisé ce matin.

Une jeune femme balaye la cour de la mosquée, je descends les marches vers une ruelle commerçante   de veilles machines à coudre en réparation, un marchand de thé apporte un plateau et une livraison de tasses.

La visite du musée dans l’église 

Takdiyarhis me laisse songeur.

Transformée en entrepôt après la révolution des années 20 l’église fut ensuite abandonnée. En 2013 le ministère de la culture et du tourisme voyant l’opportunité que représente le passé grec de la ville a restauré à la va vite l’église et ouvert un musée. Pour redonner du sens, du passé et des lieux de souvenir.  La restauration est décevante. en médaillon des reproductions imprimées  des saints et quelques peintures sur le haut des colonnes très grossières et faites hâtivement et sans soin. Il fallait un lieu pour rappeler la culture chrétienne de la ville. Mais ce n’est pas un lieu de culte. L’église est sans vie. Les chrétiens ne peuvent venir si recueillir. Ce n’est qu’un musée; c’est surtout l’occasion de faire venir les touristes de les occuper et de faire rentrer dans les caisses de l’État, trois euros par visiteur. ici les prix des musées sont en euro, cela évite l’inflation galopante de la lire turque.

À l’embarcadère je prends des billets aller retour pour Mytilene. Nous partirons demain  puis nous allons à pieds sur la presqu’île de Cûnca une dizaine de kilomètres à pieds. 

J’appelle Lambros un ancien collègue basé à Athènes directeur de la production pour la Grèce, nous avons travaillé trois ans ensemble et sommes restés en contact. il a quitté l’entreprise, il y a six mois et profite désormais d’une retraite bien méritée. Il va contacter le directeur de l’usine d’ouzo de Mytilene pour organiser ma venue demain et essayer de rassembler quelques anciens collègues avec qui je travaillais il y a 30 ans 

Ils ont presque tous pris leur retraite, 30 ans, presque une vie professionnelle. 

ce sera peut-être l’occasion de revoir, les Manolis Maria Costas et d’autres encore. 

Nous verrons demain

 pendant ce temps, je sillonne la presqu’île de Cunda au milieu des champs d’Olivier, sur un sentier couvert de pierre noir granitique, dans les prairies couvertes de fleurs. 

Le printemps est vraiment la saison la plus agréable pour découvrir ces endroits. Je croise un énorme scolopendre ne plus de 10 cm de long, je filme ça démarche sinueuse il se redresse vers nous, guerrier de l’inutile dans sa carapace, je le laisse poursuivre son chemin, il nous laisse poursuivre le nôtre, la terre est à tous.

Nous croisons un moulin à vent dont le toit tombe en ruine, il sera toujours temps de le restaurer… Nous arrivons près des quartiers d’habitation, beaucoup de constructions en cours dans le style traditionnel avec des cadres  de fenêtre en en grais rose taillé, belles maisons de pierre apparente, richement décorées pour des villégiature de la classe aisée de Constantinople . 

Nous descendons dans le village; un tournage d’une série est en cours

 tout c’est  immobilisé , les acteurs en costume discutent devant l’église. Nous devons attendre la fin de la prise de vue.  Elle finit par s’arrêter on range les caméras les figurants s’en retournent.  Le public qui attendait la fin du tournage s’amasse en dessous de l’église. 

Il est presque 15h. Nous déjeunons rapidement à la terrasse d’un café et rentrons en bus à Ayvalik.