Un train au sommet d’une montagne et un café au coin du feu

Dimanche 1 novembre

Nuit dans un ancien wagon lit de la compagnie ferroviaire « Enronoeki »Monsieur Masaki est un étonnant personnage, passionné de chemins de fer, il a sauvegardé deux Wagon-lits de la compagnie nationale qu’il a fait transporter sur une remorque et dans un ferry jusqu’ici. Ce sont les deux derniers wagons-lits de cette époques existants. Tous les autres ont été envoyés à la ferraille. Il les a rénovés et aménagés pour accueillir les pèlerins ou des amateurs de trains. L’endroit est surprenant, c’est vraiment une très belle installation. Il n’est pas très vigilant sur le ménage, c’est un petit peu dommage pour des personnes sensibles sur ce sujet, cela peut être gênant, mais s’il fallait dormir sous la tente au milieu de la montagne on ne se préoccuperait pas d’un peu de poussière. Alors la nuit venue on ferme les yeux et on dehors. Après la journée de marche d’hier dans la forêt, j’étais bien content de dormir à l’abri, même sur une couchette, même s’il faisait frais, à peine une dizaine de degrés dans la chambre. Je me suis couvert de ma veste pour rester chaud sous la fine couverture.

Au petit matin il nous a fait la surprise de nous montrer le fonctionnement des annonces passagers dans le  wagon, le tableau d’affichage des destinations qui est un film qui se déroule mécaniquement ( on est loin du tout digital ) et puis l’ouverture des portes. Il nous propose de faire l’annonce au micro. Un Japonais qui est arrivé tard hier soir spécialement pour dormir dans le train a bien préparé son discours, on dirait un vrai conducteur de train japonais. Il énumère la destination, les correspondances, l’heure d’arrivée.  Je me livre à l’exercice en japonais, à peine réveillé, un peu plus laborieusement, mais m’en sors pas trop mal. 

Un passionné de train vivant sa passion

Je discute ensuite avec Masaki san, il me montre le site Instagram de cet étonnant hôtel. Il m’explique qu’il est aussi cultivateur, il réalise des clonages d’orchidées dans un des chambres du train aménagée avec une lumière rouge. Avec des espèces de flacons où flottent des embryons d’orchidées dans une gelée. Il a un petit côté savant perdu dans son monde, très réservé. Il parle très peu, il faut le soliciter pour qu’il s’exprime. Il nous fait visiter sa serre d’orchidées et m’explique que ces plantes sont mellifères et émettent des odeurs qui attirent les abeilles. C’est un passionné, un poète dans son style. 

Au Japon, où tout est conformisme, on trouve des originaux d’une très grande originalité. Il faut une sacrée personnalité pour casser les codes. En dehors des sacs poubelle en attente d’être portés à la déchèterie, il a sûrement peu de moyens, le coût de la nuit est dérisoire. il vit avec un chien shiba inu  qui a l’air assez agressif et six chats dans la solitude des montagnes. Les hivers doivent être difficiles. Le Japonais à repris sa voiture. L’américaine Maria à repris sa route.

Hier, le sentier pour descendre du temple Unpenji à 1000 mètres d’altitude était un fond de torrent à sec, très raide et tortueux. Difficile à marcher. J’ai gagné de la fatigue supplémentaire et quelques ampoules additionnelles. j’aurais pu et dû prendre le téléphérique pour descendre mais j’ai voulu respecter le principe de la marche à pied. Mon amie américaine Mona est descendue en téléphérique. c’est ici que nos routes se séparent de nouveau. La journée d’hier a été compliquée. Elle est sympathique mais d’humeur changeante et un peu capricieuse, pas simple à vivre. Sans doute pour cette raison qu’elle est vit seule. 

C était agréable de l’avoir deux jours avec nous. Je pense que j’aurais du mal à poursuivre plus longtemps l’expérience. Je suis aussi venu ici pour être seul avec ce que ça de bon et de difficile. J’ai besoin de ces moments de solitude et devant moi j’ai 15 jours de marche solitaire et je tiens bien à en profiter.

Sur mon amie Maria rencontrée il y a deux ans avec mon fils Dimitri, il y a certainement beaucoup à dire. C’est une femme très intéressante. Issue d’une famille américaine qui a été victime du racisme dans les année 50. Sa mère était une immigrée allemande. Née en 1934, elle a grandi dans des abris anti-aériens pendant la guerre, selon sa fille peu cultivée, avec des troubles psychiatriques. Apparemment trois des frères et sœurs de Mona souffrent de troubles. Maria une une personne originale, hyper active. Elle décrit son père : un égyptien noir et petit de taille avec beaucoup de te dresse. Il a subi beaucoup de racisme dans les années 60 à l’époque des droits civils.  Lorsque Martin Luther King a été assassiné, il a envoyé ses enfants en Égypte dans des institutions religieuses. Il était copte et Mona a grandi plusieurs années dans une institution religieuse en Égypte. Plus tard de retour aux États-Unis, elle à voulu étudier. Ses parents n’avaient pas les moyens de lui financer des études. Alors elle est entrée dans l’armée. C’était un choix préférable à être serveuse dans un MacDo, comme elle le dit, être prostituée, ou être dealer de drogue. Elle a choisi l’armée, elle y a passé huit ans dans les communications. Après les quatre premières années elle a commencé des études de physique. Elle a étudié dans les meilleurs universités américaines et fait un post doc en physique à l’école polytechnique de Lausanne. Elle m’avait expliqué, il y a deux ans son parcours professionnel; cela ne m’intéresse plus trop aujourd’hui. Je sais qu’elle a eu un parcours assez riche, elle a très bien gagné sa vie et puis elle s’est heurtée très jeune au plafond de verre. Elle a alors tout quitté, elle a investi dans des propriétés pour loger les immigrés pauvres er victimes de la ségrégation. Depuis des années elle voyage beaucoup. À la suite de  suite de la réélection de Trump, elle a décidé de quitter définitivement les États-Unis, de vendre tous ses bien et de redemander la nationalité Allemande qu’elle n’a pas réussi à obtenir voici quelques années. La loi allemande a évolué, elle donne désormais la nationalité allemande à des enfants de mère allemande. Maria espère obtenir. Sinon elle sera comme  apatride. Sa maison de Floride est en vente. Elle a peu de relations avec ses frères et sœurs. Quand son père est mort, elle a géré l’argent de la famille.  mais sa mère et ses frères et sœurs l’ont accusée d’avoir subtilisé de l’argent. Ils lui ont fait trois procès. Difficile d’imaginer cela. Cela a dû être difficile pour elle, aujourd’hui, elle vit seule dans un appartement en Allemagne. Elle a des amis, tous sont beaucoup plus jeunes qu’elle et elle voyage sur Compostelle et sur le pèlerinage de Shikoku au Japon. J’ai remarque qu’elle est sujette à des crises d’angoisses et de panique subîtes, notamment parce qu’elle se perd ou qu’elle est en retard. c’est une personnalité assez complexe difficile à vivre. Mais elle est bien sympathique. Elle est très cultivé, a beaucoup lu les auteurs et philosophes antiques. C’est une physicienne intelligente, j’aime les discussions avec elle. Elle est toujours de bons conseils, elle m’a notamment conseillé  sur mes projets. 

Après près de deux heures de marche je suis intriqué par un feu de bois dans un atelier.  Je m’approche. un tonneau de métal bricolé en brasero. Deux vieux monsieurs en pleine discussion. Je leur demande l’autorisation d’entrer et de me rapprocher du feu. Après un instant d’’hésitation, voyant que je parle un peu japonais l’un d’eux va me chercher une chaise et m’installe devant le feu. Ils me proposent un café. Il ne fait pas froid. Je ne me sens pas fatigué et je viens de boire un thé chaud. Je suis arrivée par ce lieu insolite et ces deux vieux monsieur à rieurs qui discutent. Ils se nomment OONishi et UGawa. 

UGawa est l’hôte des lieux. Oonishi est son ami d’enfance. Ils se connaissent depuis le jardin d’enfance et sont toujours restes amis. Ils ont 70 ans. Voilà qu’ils embrayent sur leur vie et le racontant tout. Je me régale. Par moment j’ai besoin de me faire aider par le traducteur de mon téléphone. Ils m’explique qu’ils entretiennent chaque année le sentier du pèlerinage. 

La veille ils ont organisé un repas d’Okonomyaki avec quatre de leurs amis. 

UGawa était charpentier « daiku » en japonais. Il a construit un des temples Voisin où je me suis arrêté tout à l’heure, il adorait son métier cela se voir. Il continue de bricoler dans son atelier à 70 ans, fabrique des chaises et des petits objets en bois. Cela les maintient actifs. Il a encore tout son stock de bois dans l’atelier. Tous deux  ont perdu leurs femmes. OOnishi il y a six ans Ugawa il y a 15 ans. Je leur demande s’ils sont tristes. UGawa me répond  que non, que ses enfants sont grands et qu’il n’est pas triste maintenant. Je lui demande s’il était heureux avec sa famille, il me dit que oui, mais maintenant il est pas triste. Il s’occupait aussi d’une équipe de softball, une sorte de baseball avec une balle plus grosse. Il me demande si j’ai un peu de temps et va chercher un album photo des voyages qu’ils ont fait dans les 20 dernières années jusqu’en 2016 où il a dû cesser cette activité. il est fier de me montrer son album photo, il est souriant, il ne fait pas son âge du tout. Oonishi lui m’a dit qu’il est triste d’avoir perdu sa femme. On le voit sur son visage. Il a eu trois enfants et deux petits-enfants seulement. Quant à Ogawa il a eu deux enfants et il a seulement un petit enfant. On voit donc bien la diminution sensible de la population japonaise qui ne se renouvelle quasiment pas. Ils sont vraiment sympathiques. Nous rions un bon moment. Ils m’offrent un petit sac d’edamame grillés avec wasabi. Je leur offre mon paquet de biscuits destiné à mon petit déjeuner que je n’ai pas terminé de manger. Nous passons un bon moment, je reste presque une heure avec eux. Ils m’expliquent qu’ils peuvent passer la journée ici  à regarder le feu même sans beaucoup parler. Cela leur fait du bien et ils sont heureux. Donc inutile de compter les heures de discussion qu’ils ont ici devant ce foyer rudimentaire, construit dans un bidon d’essence à côté du maki , c’est-à-dire du bois sec qu’il coupe à la hache pour se tenir au chaud. 

Le café m’a fait du bien et même si je sais que je ne suis pas en avance, ce n’est pas une journée trop longue, il fait beau aujourd’hui, j’en profite. c’est une belle rencontre, nous avons discuté un bon moment cela réchauffe le cœur. c’est un des meilleurs moments pour moi, je leur dis que je ferai un vœu pour eux dans le prochain temple, j’ai bien l’intention de le faire, je leur souhaite de vivre centenaires et en bonne santé.

Paysage rural entre Upenji et Kannonji
Coupe des gerbes de riz